Liancourt : « On ne prévient jamais les familles d’un transfert »

Une mère se voit refuser un parloir : son fils a été transféré. On refuse de lui dire dans quel établissement.

Le 16 septembre 2015, Mme W a rendez-vous pour un parloir à 14h45, avec son fils détenu au centre pénitentiaire de Liancourt. Arrivée devant l’établissement, elle se voit refuser l’accès. On lui apprend que son fils a été transféré dans une autre prison, mais on refuse de lui dire laquelle.
Le service pénitentiaire d’insertion et de probation ne l’a pas prévenue. « On ne prévient jamais les familles d’un transfert » explique-t-il. « Cette dame peut légitimement être en colère, mais, concrètement, cela nous demanderait beaucoup trop de temps s’il fallait prévenir chaque famille. D’ailleurs, on n’a pas la liste des parloirs pour chaque détenu, et nous ne sommes généralement pas nous même au courant du transfert. »
Mme W a dû faire 145 km en voiture… et doit effectuer le même trajet au retour. Elle a dû emprunter 50 euros pour l’essence et les péages, car avec sa pension d’invalidité, elle n’a pas suffisamment d’argent pour financer sa visite hebdomadaire. Un trajet éprouvant alors qu’elle est atteinte de plusieurs pathologies (fibromyalgie, hypertension et problèmes cardiaques) et qu’elle fait souvent des malaises.
Elle reste avec son angoisse devant la porte de la prison, sachant que son fils est en grève de la faim depuis le 8 août et a avalé le 9 septembre une lame de rasoir, qui n’a pu être retirée par les médecins. Il proteste ainsi contre des violences qu’il dit avoir subies de la part de surveillants et contre des accusations de menaces qu’il conteste. Lors de son dernier parloir, il avait tellement maigri qu’il en était méconnaissable.
« On dirait qu’on n’est pas des humains pour eux », lâche Mme W entre deux sanglots. Elle restera devant la porte jusqu’à ce qu’un surveillant compréhensif vienne lui dire, en off, le nom de l’établissement où son fils a été transféré.
Anne Chereul, coordination OIP nord-ouest