Trois suicides en quinze jours à Gradignan

Série noire au centre pénitentiaire de Gradignan. Le 26 février, Madame B. se pend dans la cellule qu’elle partage avec quatre autres détenues.

Elle était sous surveillance spéciale (contrôle toutes les heures), après deux précédentes tentatives. Le 10 mars, Monsieur H. attente à ses jours et décède 48 heures plus tard à l’hôpital. Écroué depuis deux jours, il « aurait dû être orienté vers la psychiatrie » selon l’unité sanitaire. Le 12 mars, Monsieur A. est retrouvé sans vie dans sa cellule du quartier d’isolement, où il se trouvait depuis juin 2014, à sa demande. Il devait être présenté au tribunal le jour-même, et avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide.

Jugée « à risque » par le ministère de la Justice en 2009, la maison d’arrêt de Gradignan figure dans la liste des vingt prisons ayant enregistré le plus grand nombre de suicides de 1996 à 2008. En janvier 2013, des parlementaires girondins ont aussi alerté la garde des Sceaux sur la situation de cette prison qui « se distingue malheureusement par la survenance récurrente de suicides » (courrier du 23 janvier 2013). Une caractéristique que ne parvient pas à enrayer le dispositif des « codétenus de soutien », formés aux premiers secours, à la détection des risques suicidaires et à l’écoute active de leur codétenu. Développée dans neuf prisons, ce serait pourtant « l’une des mesures les plus efficaces » en matière de prévention du suicide selon la directrice de l’AP (AFP, 2/12/14). Elle a toutefois pour limite de faire peser une lourde responsabilité sur les détenus retenus pour cette fonction.

A Gradignan, ils sont sept pour toute la détention et n’interviennent qu’au quartier « hommes », à l’exclusion des quartiers d’isolement et disciplinaire (rapport d’activités 2013). Et l’on peut se demander ce que pèsent leurs efforts dans le contexte de surpopulation préoccupante dans cette prison (151 % en novembre), de manque criant d’activités (les personnes détenues indiquent passer en moyenne 20 heures sur 24 en cellule) et d’offre de soins médico-psychologiques très insuffisante. Interrogée sur les récents suicides, l’unité sanitaire de la maison d’arrêt déplore que l’administration n’ait « pas les moyens de prendre en charge correctement les détenus les plus fragiles ».

Coordination OIP sud-est