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Prison de Béthune : la justice ordonne des mesures immédiates contre l’indignité des conditions de détention

Le tribunal administratif de Lille donne aujourd’hui largement raison à l’Observatoire international des prisons – section française (OIP-SF) dans le référé-liberté qu’il avait introduit concernant la maison d’arrêt de Béthune, avec le soutien de l’Association des avocats pour la défense des droits des détenus (A3D), du Syndicat des avocat·es de France (SAF), du Conseil national des barreaux (CNB) et de l’ordre des avocats au barreau de Béthune.

A l’issue de l’audience du 20 avril dernier, le juge des référés reconnaît l’existence d’atteintes graves et manifestement illégales aux droits fondamentaux des personnes détenues et ordonne une série de mesures d’urgence pour y mettre fin.

Sur les 18 mesures demandées, 12 injonctions ont été prononcées. Par leur nombre et leur portée, ces mesures constituent une décision particulièrement forte — et rare — en matière de contentieux des conditions de détention.

Cette décision vient confirmer, de manière claire et juridiquement contraignante, les constats portés lors de l’audience : une prison conçue pour 180 personnes mais occupée à plus de 200 %, des cellules surpeuplées où l’intimité est inexistante, des locaux dégradés, humides et insalubres, et des conditions de vie qui portent atteinte à la dignité des personnes détenues.

Le tribunal en tire des conséquences concrètes. Il enjoint à l’administration pénitentiaire d’intervenir immédiatement sur des éléments essentiels du quotidien : traiter la rouille des lits, réparer les fuites d’eau, nettoyer les moisissures, améliorer l’aération des cellules ou encore fournir des équipements de rangement suffisants.

L’ordonnance insiste surtout sur un point central, au cœur du référé : le respect de l’intimité et de la dignité. En cellule, les toilettes, séparées par un simple muret, restent visibles des codétenus ; dans les douches, l’absence de cloisonnement expose les personnes sans protection ; au parloir, la confidentialité des échanges n’est pas assurée. Autant d’atteintes graves et quotidiennes aux droits fondamentaux que le juge ordonne de faire cesser, en imposant la mise en place de dispositifs garantissant enfin l’intimité, en cellule comme dans les espaces collectifs et lors des visites.

D’autres mesures visent à rétablir des conditions d’hygiène et de vie minimales : renforcement du nettoyage des douches collectives, installation de sièges dans les salles d’attente du parloir, aménagement des cours de promenade du quartier disciplinaire, ou encore mise en conformité de l’établissement avec les règles de sécurité.

Fait particulièrement notable, le juge fixe un délai de dix jours pour initier la mise en œuvre de ces mesures, marquant ainsi le caractère urgent de la situation et l’inacceptabilité de son maintien.

Cette décision vient confirmer, de manière claire et juridiquement contraignante, des constats établis de longue date : à Béthune, les conditions de détention ne respectent pas les exigences les plus élémentaires du droit.

Pour l’OIP-SF, cette ordonnance marque une étape importante. Elle démontre que le juge administratif peut être saisi utilement pour faire cesser des situations d’atteintes graves aux droits fondamentaux en prison. Elle rappelle surtout que ces atteintes ne relèvent pas d’un dysfonctionnement marginal, mais d’un état structurel qui engage la responsabilité de l’État.

L’enjeu est désormais celui de l’exécution. L’association sera particulièrement vigilante à la mise en œuvre effective de l’ensemble des injonctions prononcées. Elle n’exclut pas de saisir à nouveau la justice si ces mesures ne sont pas suivies d’effet.

Consulter le carnet des photographies de la maison d’arrêt de Béthune