Femmes détenues

Très minoritaires en prison, les femmes sont les grandes oubliées du système pénitentiaire. Avec un effectif de 2 532 (au 1er janvier 2020), elles ne représentent que 3,8% de la population détenue. Une proportion stable. Elle n’a jamais dépassée 4,5% depuis les années 1980. Seules deux prisons leur sont spécifiquement réservées : le centre pénitentiaire de Rennes et la maison d’arrêt de Versailles. En dehors de ces établissements, elles sont affectées dans des quartiers à part dans des prisons pour hommes, avec lesquelles elles ne doivent, en principe, avoir aucun contact. Il existe une cinquante-cinq quartiers de ce type, allant de 3 ou 4 places (Villeneuve-lès-Maguelone et Grenoble par exemple) à 237 (Fleury-Mérogis). Les établissements et quartiers pour femmes sont moins frappés par la surpopulation carcérale, bien qu’ils fonctionnent à taux plein (100% d’occupation au 1er janvier 2020) – avec toutefois de fortes disparités. Si certains ne sont occupés qu’à moitié (Rouen par exemple), d’autres le sont à plus de 170 % (Faa’a Nuutania, Fresnes, Bordeaux, Nîmes), voire plus de 220 % (Perpignan). La plupart des femmes sont détenues en maisons d’arrêt, souvent pour des faits de petite délinquance (en premier lieu des entorses à la législation sur les stupéfiants et des atteintes aux biens). Parmi elles, nombreuses sont des « mules » : des femmes originaires de Guyane ou d’ailleurs en Amérique du Sud, en très grande précarité et contraintes à transporter de la drogue. Plus encore que les hommes, le parcours des femmes détenues est très souvent chaotique, émaillé de ruptures et de violences subies dès l’enfance. La perte des liens durant l’incarcération est en outre plus marquée. Isolées des hommes derrière les murs, les femmes pâtissent aussi d’un moindre accès aux locaux collectifs, et donc au travail, à la formation, aux activités socioculturelles et sportives ainsi qu’aux soins. Autre caractéristique de l’enfermement au féminin : un contrôle moral plus fort. « Les petits écarts de comportement sont davantage sanctionnés que chez les hommes ». [Les femmes] sont encouragées à travailler sur le vocabulaire qu’elles utilisent, leur présentation de soi. On stigmatise les garçonnes mais aussi celles qui affichent une féminité trop ostentatoire, trop “aguicheuse”, note Corinne Rostaing, sociologue, dans une reproduction des rôles traditionnellement attribués au féminin : « une place prépondérante » est attribuée « à la maternité et au domestique ».

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