Depuis le début des années 1990, plus de 24 000 nouvelles places de prison ont été créées, sans endiguer la surpopulation carcérale faute d’évolution de la politique pénale. Réalisées pour une large part par le biais de partenariats public-privé (PPP) à compter de 2004, avant que les pouvoirs publics y renonce récemment, ces constructions se sont avérées de véritables gouffres financiers. Endetté sur 25 à 30 ans, l’État doit faire face à des taux d’intérêts particulièrement onéreux (entre 2 % et 3 %) qui s’additionnent au remboursement des frais d’investissement. En comptant les impayés au titre de constructions directement gérées par l’État, la dette s’élève aujourd’hui à 3,43 milliards d’euros. Une somme que le Gouvernement entend encore alourdir d’un 1,7 milliard d’euros avec le lancement d’un nouveau plan de construction : 7000 places supplémentaires d’ici 2022, 8000 autres « projetées » d’ici 2027 (sans compter les dépenses de personnel et les coûts d’exploitation). Avec la clé plusieurs effets d’éviction. Le délaissement de l’entretien des prisons ; plus d’un tiers des cellules du parc pénitentiaire (35,7%) sont aujourd’hui considérées comme vétustes. La négligence du milieu ouvert; les moyens ne sont pas mis pour renforcer les effectifs des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation et développer les alternatives et aménagements de peine. Et la question des activités et de la réinsertion reste passablement négligée. Loin d’humaniser les conditions de détention, les prisons sorties de terre ces dernières années sont en outre des « usines » de 400 à plus de 600 places, où « chacun, détenu ou personnel, se trouve dans une solitude accrue », générant angoisses et tensions (CGLPL, rapport 2011).

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