Au cœur d’une série de décisions pointant l’indignité des prisons françaises, la justice enjoint une nouvelle fois à l’administration pénitentiaire de sortir de son inertie. Après les ordonnances rendues les 9 et 27 juillet 2026 concernant les prisons de Condé-sur-Sarthe et de Fresnes, l’État est rappelé à l’ordre pour la troisième fois en un mois.
Saisi en référé-liberté par l’Observatoire international des prisons – section française (OIP-SF) et l’Ordre des avocats de Bordeaux, le tribunal administratif de Bordeaux a ordonné, le 5 août 2026, à l’État de prendre 21 mesures urgentes pour mettre fin aux atteintes graves aux droits fondamentaux observées à la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan.
Cette décision s’appuie sur les constats dressés par la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL). Lors de sa visite en mars 2026, le taux d’occupation de l’établissement avoisinait les 191 % et plus de 200 personnes étaient contraintes de dormir sur un matelas au sol. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer. Au 1er juin 2026, la densité carcérale s’élevait à 203,6 %.
Dans ce contexte, le tribunal exige que l’administration pénitentiaire rétablisse, sans délai, un socle minimal de dignité. Parmi les 21 injonctions prononcées figurent les suivantes :
- traiter la rouille des lits ;
- installer des rangements et des étagères ;
- réparer les robinetteries ;
- améliorer la luminosité et remplacer les fenêtres défectueuses ;
- augmenter la fréquence de lavage des draps et renouveler les matelas des personnes contraintes de dormir au sol ;
- renforcer la lutte contre les cafards et les punaises de lit ;
- installer des cloisons sanitaires assurant une véritable séparation entre les toilettes et l’espace de vie.
Mais l’ordonnance ne s’arrête pas à la situation des cellules. Le tribunal ordonne notamment à l’État d’équiper la cour de promenade du quartier femmes de sanitaires, une mesure élémentaire d’hygiène et de dignité qui n’avait toujours pas été mise en œuvre alors même que son absence était connue et dénoncée de longue date.
Il relève par ailleurs un « climat structurel de violence entre détenus », avec 438 faits recensés en 2025. Jugeant les mesures de prévention insuffisantes, il ordonne la vérification systématique du fonctionnement des interphones en cellule, afin que les personnes détenues puissent alerter les surveillant•es en cas d’agression.
Concernant l’accès aux soins, les manquements constatés – annulations massives d’extractions médicales, interférences de l’administration dans les décisions des médecins, impossibilité pour une partie des personnes souffrant de troubles psychiques d’accéder à des soins adaptés – sont jugés de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie (article 2 de la CEDH) et au droit de ne pas subir des traitements inhumains ou dégradants (article 3 de la CEDH).
Avec 21 injonctions prononcées en urgence, cette décision constitue un nouvel avertissement adressé à l’État. Après Condé-sur-Sarthe et Fresnes, cette troisième ordonnance en moins d’un mois rappelle que les atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes détenues exigent des réponses immédiates.
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