Les avocats

« Les avocats représentent globalement la catégorie de répondants la plus insatisfaite. » (1)

Avec largement plus de trois quart de mécontents dans 16 thématiques, et notamment la protection des droits fondamentaux, le régime de détention des prévenus et les conditions générales de la détention. Seuls les « conditions d’exercice du métier de surveillant ou de travailleur social » suscitent un niveau d’insatisfaction plus modéré (un peu plus de six avocats sur dix). Comme pour les familles, « les préoccupations des répondants de cette catégorie sont très proches de celles des détenus » : « Pour chaque thème, sur les trois actions prioritaires, une ou deux sont systématiquement identiques aux priorités des détenus ». C’est le cas par exemple de « la mise en place d’un organe de contrôle extérieur [et] d’un dispositif d’information permettant à chaque détenu de connaître ses droits pour lutter contre le non-respect des droits fondamentaux ». Et, « lorsque la convergence n’est pas parfaite, c’est parce que les avocats préfèrent à une transformation matérielle des conditions de détention une réforme juridique ». Ils exigent ainsi majoritairement l’établissement de « règles pour l’accès à un emploi ou la perte de cet emploi pour limiter l’arbitraire », « plutôt que de demander une meilleure rémunération du travail en prison ». Cette approche juridique se retrouve dans leurs réponses spontanées aux questions ouvertes où « ils évoquent fréquemment l’absence de respect des droits et l’arbitraire du monde carcéral ». Les avocats « sont par ailleurs sensibles aux recommandations qui impliquent leur profession ». Ils veulent ainsi majoritairement « que l’on “facilite les communications entre un prévenu et son avocat et que l’on en préserve la confidentialité“ » ou le « report de la commission de discipline en l’absence d’avocat ». Enfin, « comme la grande majorité des répondants autres que les détenus, les avocats adhèrent massivement aux préconisations concernant la préparation à la sortie » et « un nombre important d’avocats mentionne d’ailleurs de façon spontanée la nécessité d’une amélioration de la réinsertion à la sortie » dans les questions ouvertes.

(1) BVA et les États généraux de la condition pénitentiaire, « Consultation en vue des États Généraux de la condition pénitentiaire – Résumé des résultats de la consultation en ligne par catégorie », octobre 2006. Toutes les citations ci-dessus sont tirées de ce document

le plus inacceptable…

« Les détenus font l’objet de brimades permanentes des surveillants, sont considérés comme des individus inférieurs, suppression de toute dignité, suppression de l’identité, par l’usage permanent non plus du nom mais du numéro d’écrou, et tutoiement quasi généralisé par les surveillants. »

« Ce qui me paraît le plus inacceptable dans les prisons françaises actuellement, c’est qu’un détenu soit presque plus en insécurité à l’intérieur qu’à l’extérieur de la prison, qu’il risque soit d’être victime de délits, voire de viols de la part de ses codétenus, soit d’être entraîné à en commettre lui-même ; que la prison soit tellement déstructurante que l’État a une responsabilité énorme dans la récidive des condamnés. »

« … l’impossibilité d’avoir des relations intimes au sein d’un couple dont l’un est détenu(e). » « Il n’est pas admissible que des détenus, condamnés ou en détention provisoire soient placés à l’isolement de façon quasi-discrétionnaire et pour des durées illimitées, qu’ils soient transférés de manière impromptue à des centaines de kilomètres de leurs familles et de leurs avocats sans avoir la possibilité d’exercer aucun recours effi cace et rapide. La toute-puissance de l’administration pénitentiaire, accrue depuis les lois Perben et largement admise par l’institution judiciaire doit cesser et les droits fondamentaux de la personne doivent s’exercer à minima, même et peut-être dans une enceinte carcérale. »

les réformes attendues

« … l’abrogation de la prison »

« … que la prison serve à resocialiser les détenus et à les réinsérer, et non à les transformer en révoltés contre la société compte tenu de certaines conditions de détention. S’ils sont détenus pour “trouble à l’ordre public“ ils doivent obtenir de “l’ordre public“ une nouvelle chance et non une marginalisation totale par écœurement de la société. »

« Penser à la prison non pas comme un état mais comme une dynamique en conservant toujours à l’esprit que les détenus d’aujourd’hui seront des hommes libres demain. »