Soutenu par le président de la République, Emmanuel Macron, lors d’un point presse le 22 octobre, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a appelé à une réponse pénale « extrêmement ferme » aux violences et dégradations commises le 17 octobre 2026. Ses consignes adressées aux procureur·es semblent avoir été suivies d’effets, avec des réquisitions quasi systématiques d’emprisonnement, suivies de très nombreuses condamnations à de la prison ferme. Une frénésie répressive qui démontre, s’il en était encore besoin, combien les principes d’individualisation de la peine et de proportionnalité constituent des garde-fous théoriques, pouvant être tordus à l’envi par des parquets se rêvant bras armés de l’État policier.
Mais la responsabilité est avant tout politique. En distinguant les manifestants légitimes des « casseurs » et des « pilleurs », le gouvernement revendique pleinement une stratégie d’étiquetage lui permettant d’éluder tout effort de compréhension de ce qu’expriment, structurellement, ces comportements. Plus grossier encore : en médiatisant ses déplacements dans des tribunaux judiciaires et établissements pénitentiaires, le garde des Sceaux choisit la mise en spectacle d’une justice martiale et vengeresse, qui entend réprimer indistinctement l’expression d’un malaise profond auquel ne sera prêté en fin de compte aucune forme d’attention sérieuse.
Cette fermeté revendiquée conforte Gérald Darmanin dans son rôle de ministre de l’indignité, assumant d’exposer à des conditions de détention parfaitement effroyables, au sein d’établissements surpeuplés et délabrés, des centaines de personnes supplémentaires aux quelques 90 000 déjà détenues. Alors que le taux d’occupation des maisons d’arrêt dépassait 175 % au 1er septembre, des jeunes, dont beaucoup n’ont jamais été condamnés auparavant, seront ainsi entassés à deux voire à trois par cellule et soumis au choc carcéral, aux traumatismes de l’enfermement, à l’aggravation d’une précarité qu’ils endurent déjà de plein fouet et à une indignité d’un autre âge.
Tout aussi indigne, cette séquence révèle pleinement la surdité d’un pouvoir qui, face à la fragilisation de l’État social et au creusement des inégalités auxquels il a lui-même contribué, choisit, par dogmatisme autoritaire, d’user sans réserve du monopole de la violence légitime, tant policière que judiciaire. Elle est intolérable.
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