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Maison d’arrêt de Nanterre : un décès aux circonstances troubles

Une information judiciaire a été ouverte après la mort d’une personne détenue à la prison de Nanterre le 18 août dernier. Des témoignages laissent penser que le jeune homme aurait pu être victime de violences. L’OIP appelle à ce que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce décès.

À la suite du décès le 18 août d’un jeune homme de 19 ans détenu à la maison d’arrêt de Nanterre, une information judiciaire pour homicide involontaire a été ouverte le 22 août.

D’après les informations obtenues par l’OIP, le détenu était, au moment des faits, en crise de décompensation aiguë depuis deux jours et son état nécessitait une hospitalisation psychiatrique en urgence, qui n’avait pu être effectuée plus tôt faute d’escorte pour le transporter. Le jour de son décès, il aurait été sédaté puis emmené par l’équipe locale de sécurité pénitentiaire pour être extrait vers l’hôpital. Peu de temps après, des soignants de l’unité sanitaire auraient été appelés en urgence. D’après l’équipe médicale, ils auraient alors découvert le jeune homme au sol dans un sas entre deux bâtiments de la maison d’arrêt, menotté dans le dos, tandis qu’un agent lui pratiquait un massage cardiaque. Son visage était bleui et le sas maculé de sang, d’urine et d’excréments. Malgré l’intervention du médecin et celle du Samu arrivé sur les lieux, le jeune homme n’a pas pu être ranimé.

Que s’est-il passé au moment du transfert du détenu vers les urgences psychiatriques ? Médicalement, la peau bleuie de la victime indique une asphyxie. Le lien entre la sédation et l’arrêt cardiaque, sous entendue par la directrice de l’établissement[1], n’apparaît pas suffisant pour expliquer les circonstances du décès de cet homme. Celle-ci indique par ailleurs que les agents ont dû recourir à la force pour maitriser le détenu agité[2]. Des témoignages d’autres détenus font état de cris ayant retenti dans l’étage pendant plusieurs minutes au moment de l’intervention.

L’OIP rappelle l’obligation que soit menée une enquête effective et approfondie en cas d’allégation de violence, et sera vigilante aux suites qui y seront données.

Au-delà de ce que révélera l’enquête sur les circonstances du décès, cette affaire pose une nouvelle fois la question de la place en prison de personnes atteintes de pathologies mentales. Le jeune homme était atteint de graves troubles psychiatriques identifiés par l’équipe médicale dès son incarcération. Il avait été condamné en comparution immédiate début août à quatre mois de prison à la suite d’un vol dans l’entrepôt d’un restaurant et de violences et menaces lors de son interpellation. Dans une lettre ouverte publiée le 22 juin dernier, des soignants de l’unité sanitaire de la maison d’arrêt avaient dénoncé le manque criant de moyens à leur disposition face à l’importance du nombre de détenus en crise de décompensation ou nécessitant des hospitalisations psychiatriques. Cette affaire met aussi en évidence les conséquences sur la prise en charge sanitaire de la pénurie d’escortes pour réaliser les extractions médicales, dénoncées dans un récent rapport de l’OIP sur l’accès aux soins spécialisés en prison[3].

[1] Dépêche AFP du 31 août.
[2] « Nanterre : enquête ouverte après la mort d’un détenu de 19 ans », Le Parisien, 31 août 2022.
[3] « La santé incarcérée, Enquête sur l’accès aux soins spécialisés en prison », OIP-SF, juillet 2022.

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