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Prisons surpeuplées : le garde des Sceaux s’accommode de l’inacceptable et persiste dans l’impasse

Dans un courrier adressé le 7 janvier 2026 aux organisations syndicales de magistrats et de personnels pénitentiaires entendues dans le cadre du cycle de concertations autour du projet de loi « visant à assurer une sanction utile, rapide et efficace » (dit SURE), le garde des Sceaux Gérald Darmanin dresse une série d’annonces censées répondre à la surpopulation structurelle qui gangrène les prisons françaises. Il n’en sera rien.

Tout d’abord, alors que le nombre de personnes détenues ne cesse d’augmenter de façon incontrôlée – plus de 10 000 en deux ans –, aucune mesure de déflation carcérale n’est envisagée. Le projet de loi est, de surcroît, totalement dépourvu de dispositions visant à limiter les entrées en prison ou à réduire la place de l’incarcération dans la réponse pénale, alors même que celle-ci constitue aujourd’hui le principal facteur de saturation des établissements pénitentiaires. Pire, les propositions formulées en matière d’aménagement de peine risquent d’aggraver encore la situation, tout comme celle visant à interdire les réductions de peine en cas de possession d’un téléphone portable – une mesure qui, loin d’avoir un effet dissuasif démontré, allongera mécaniquement les durées de détention en accroissant la pression sur des établissements déjà exsangues.

Tout juste le ministre consent-il, après s’y être montré – comme ses prédécesseurs – fermement opposé, à la mise en place d’un numerus clausus « gradué » dans les maisons d’arrêt et quartiers maison d’arrêt. Ces établissements, qui accueillent principalement les personnes en détention provisoire et celles condamnées à des courtes peines, concentrent à eux seuls l’intégralité de la surpopulation carcérale. Près de sept personnes détenues sur dix y sont incarcérées.

Ce dispositif viserait à atteindre un taux d’occupation dans ces établissements et quartiers « de 150% en 2030, puis 130% en 2032 ». Un objectif pour le moins modeste et inconséquent compte tenu des taux actuels – déjà supérieurs à 165% – et de leur croissance exponentielle à raison d’environ huit points par an en moyenne au cours des quatre dernières années, là où d’autres pays déclenchent des plans d’urgence avant même d’atteindre 100 %. À cette concession minimale s’ajoute la promesse de mettre fin aux matelas au sol dans les 18 mois suivant la promulgation de la loi, alors même que plus de 6 000 personnes y sont aujourd’hui contraintes de dormir faute de place.

Ces annonces relèvent ainsi moins d’un humanisme soudain que d’une posture de façade, concédée sous la contrainte et limitée au strict minimum. Elles constituent une réponse tardive et largement insuffisante face à l’état d’embolie des prisons françaises, désormais dénoncé de manière unanime et transpartisane par l’ensemble des acteurs du champ pénal et pénitentiaire – magistrats, personnels de l’administration pénitentiaire, autorités de contrôle et instances internationales.

Surtout, Gérald Darmanin entend atteindre ses objectifs par une expansion du nombre de places de prison, souhaitant « construire plus vite et moins cher ». Inlassablement, cette éternelle rengaine de la politique pénitentiaire fait fi d’une réalité statistique pourtant jamais démentie : « plus on construit, plus on enferme ». Mais sans doute faut-il répéter encore et encore, de concert avec le Conseil de l’Europe et la Cour des comptes, que l’augmentation du parc carcéral ne peut agir sur la surpopulation. Depuis 35 ans en effet, l’augmentation du nombre de places de prison s’est systématiquement accompagnée d’une hausse du nombre de personnes incarcérées – entre 1990 et 2025, le premier a augmenté de plus de 25 000 et le second de plus de 35 000.

Cette humanité d’affichage est d’abord insultante pour les plus de 86 000 personnes exposées quotidiennement à des conditions de détention indignes, et qui resteront légion quand bien même plus personne ne dormirait par terre fin 2027. Mais elle est surtout en totale déconnexion avec l’urgence de la situation, laquelle exigerait au minimum la mise en place d’un mécanisme de régulation carcérale contraignant – comme de nombreuses voix l’implorent depuis plusieurs années.

Contact presse : Sophie Deschamps – 06 26 26 79 91 – sophie.deschamps@oip.org