Quelles sont les conditions de détention des femmes ?

Dans le monde invisible de la prison, les femmes sont une minorité pénalisée par sa faiblesse numérique, qui subit des discriminations spécifiques.

Une petite population cantonnée à quelques établissements

  • Au 1er janvier 2020, 2 532 femmes étaient détenues sur un total de 70 651 personnes incarcérées, soit 3,8% de la population carcérale. Seules deux prisons leur sont spécifiquement réservées : le centre pénitentiaire de Rennes et la maison d’arrêt de Versailles. En dehors de ces établissements, elles sont affectées dans des quartiers à part dans des prisons pour hommes, avec lesquelles elles ne doivent, en principe, avoir aucun contact. 55 établissements sont dotés de ces quartiers spécifiques (dont 3 établissements pour mineurs et 2 centres de semi-liberté).
  • A certains égards, les conditions matérielles de détention des femmes peuvent être perçues comme meilleures que celles des hommes car globalement elles sont moins soumises à la surpopulation carcérale : 2 532 femmes pour 2543 places opérationnelles au 1er janvier 2020. Cependant, ces chiffres masquent d’importantes disparités. Certains quartiers sont occupés à plus de 170 % (Faa’a Nuutania, Fresnes, Bordeaux, Nîmes), voire plus de 220 % (Perpignan). Par ailleurs, isolées des hommes qu’elles ne doivent pas croiser, les femmes ont un moindre accès aux locaux collectifs et donc au travail, à la formation, aux activités socioculturelles et sportives ainsi qu’aux soins.
  • Les femmes sont en outre plus exposées aux ruptures des liens familiaux ou conjugaux durant l’incarcération. Parce que, la répartition géographique des prisons pour peine n’étant pas homogène, les femmes sont souvent détenues à des distances qui dissuadent leurs proches de venir, ou les épuise. En effet, seuls treize établissements en France peuvent accueillir des femmes condamnées à des peines de plus de deux ans : six sont dans la moitié nord de la France (Rennes, Roanne, Poitiers, Réau, Joux-la-Ville, Bapaume), un seul au sud (Marseille) et 6 outre mer (Baie-Mahault, Ducos, Rémire, Nouméa, Saint-Denis de La Réunion, Faa’a Nuutania). Mais aussi parce qu’elles sont plus souvent quittées que les hommes. « À la différence des épouses, qui maintiennent longuement les liens avec leur mari détenu, les hommes qui restent avec leur femme incarcérée sont très rares. Soit parce qu’ils sont eux-mêmes incarcérés, soit parce qu’ils préfèrent rompre », constate Corinne Rostaing, sociologue.

Un enclavement qui réduit l’accès aux activités

La stricte séparation des lieux d’hébergement des femmes et des hommes s’accompagne en théorie d’une possibilité de participer à des activités mixtes. Dans les faits, les « quartiers femmes » au sein des établissements qui accueillent des hommes et des femmes sont généralement enclavés, isolés du reste de la détention, ce qui rend l’accès aux différents services – comme les services médicaux, la formation ou les ateliers – plus difficile pour les femmes. Et ce d’autant qu’elles doivent être accompagnées dans tous leurs déplacements. Dans ces établissements, les femmes n’ont donc, en pratique, pas accès à la majorité des activités, d’abord pensées pour le plus grand nombre : les hommes.

Femmes enceintes ou accompagnées d’un nourrisson

Les femmes détenues sont soumises à la même règlementation que les hommes. Seules les femmes enceintes et les mères incarcérées avec leur enfant bénéficient d’un régime de détention spécifique « adapté » à leur situation. Les enfants peuvent être hébergés avec leur mère détenue jusqu’à l’âge de 18 mois.