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« La prison, ça détruit »

Nora a été libérée en 2024, après quatorze mois d’incarcération à Fleury-Mérogis puis Réau. Elle raconte les difficultés auxquelles elle fait face depuis sa sortie et l’empreinte laissée par la prison.

« Avant de rentrer en prison, j’avais un logement, mais je l’ai perdu en détention. En sortant, j’étais censée aller chez ma sœur, mais ça s’est très mal passé. Du coup j’ai dormi à droite et à gauche… Encore aujourd’hui je squatte, je n’ai toujours pas de logement fixe.

Sortie sans papiers ni suivi médical

Autant ma Cpip [conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation] de Fleury ne servait à rien, autant celle de Réau m’a bien soutenue. Je suis sortie en libération conditionnelle. Par contre, en sortant, je n’avais plus de carte d’identité, ni de carte de sécu. J’ai galéré pour les obtenir. En détention, on me disait : « Ça ne sert à rien de faire la demande ici, c’est trop long, vous la ferez dehors. »

J’ai une maladie chronique, mais à l’intérieur, je n’avais aucun suivi médical. Pour voir un généraliste, il fallait attendre des mois. J’ai demandé à voir un gastro, mais ça n’a jamais pu se faire. En sortant, j’ai dû me débrouiller pour prendre les rendez-vous, refaire des prises de sang, obtenir l’AAH [allocation adulte handicapé]… Une fois dehors, il n’y a aucune aide, j’ai dû tout faire toute seule. Les premiers temps, je passais voir une association pour aller sur Internet, consulter des offres d’emploi, mais pour le logement ils ne pouvaient rien faire. Le travail, ça reste une grosse difficulté. Je postule, mais je n’ai jamais de réponse. Je voudrais bien avoir une vie comme tout le monde, un logement, un travail… Je ne demande pas la lune.

Mon conjoint est toujours incarcéré dans la même affaire que moi. […] Il avait des problèmes d’addiction, mais je ne pense pas que la prison va l’aider, il a besoin d’une structure avec des soins. Chaque fois qu’il sort, il récidive. D’ailleurs tous ceux que j’ai connus et qui sont sortis, ils sont retournés en prison. Parce qu’il n’y a pas assez de suivi psychologique, psychiatrique… Il n’y a rien. Quand vous arrivez, on vous donne juste un tas de médicaments, comme ça on laisse les gardiennes tranquilles, on reste dans notre coin. On se transforme en zombie.

« Je ne supporte plus de rester entre quatre murs »

La prison, ça détruit. L’enfermement c’est très difficile, et après on vous jette dehors et débrouillez-vous. Moi, jusqu’à maintenant, je ne suis pas bien. Je suis suivie par un psychiatre. Parce qu’enfermer quelqu’un comme un animal, 24 heures sur 24, ça laisse des traces. À Fleury, il n’y avait pas de travail ni d’activités, la seule sortie c’était la promenade. Je voulais aller au scolaire, mais on me disait toujours : « Il n’y a pas de place. » En plus, les cellules étaient délabrées. Dans ma cellule, on était obligé de mettre une bassine par terre parce qu’il y avait de l’eau qui coulait du plafond. Pendant la canicule, avec la toute petite fenêtre, c’était l’enfer.

Et puis, en prison, on ne vous considère plus, il n’y a plus de Madame, on vous appelle par votre nom de famille. On vous rabaisse, on vous humilie. Quand on vous apporte le repas, il n’y a pas un bonjour, on vous le balance et on vous claque la porte dessus.

À Fleury, j’avais juste envie de mourir. J’avais l’impression d’être dans un cauchemar. Je parlais toute seule devant le miroir. Heureusement qu’on avait la cabine téléphonique, mais c’est très cher, et les cantines aussi, il faut commander une casserole, une plaque… Après j’ai rencontré des religieuses, des imams, ils m’ont remonté le moral. C’est ça qui m’a fait tenir. Et le soutien de ma famille. Et puis je pensais à mon compagnon qui va bientôt sortir. On se raccroche à sa famille. Sans ça, peut-être que je ne serais plus là.

Encore aujourd’hui, je ne supporte plus de rester entre quatre murs. Je suis toujours dehors. Je ne peux pas fermer la porte la nuit, parce que j’ai l’impression d’être dans ma cellule. […] Je suis devenue insomniaque. Tout me rappelle la prison. Quand je dors, des fois, j’ai encore l’impression d’y être. Le psychiatre dit que j’ai comme des traumatismes. Jusqu’à maintenant j’avance, je fais ma vie, j’attends mon compagnon, mais c’est très difficile. J’essaie de lui remonter le moral, mais comment faire quand soi-même on n’est pas bien ? Mais je n’ai pas le choix, je me bats pour ma famille, pour mes parents même s’ils ne sont plus là, et pour moi. »

Propos recueillis par Johann Bihr

Cet article est paru dans la revue de l’Observatoire international des prisons – DEDANS DEHORS n°128Préparation à la sortie de prison : le grand renoncement