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Le froid glacial s’invite derrière les barreaux : une indifférence persistante

Cet hiver encore, les températures glaciales et l’humidité s’invitent jusque dans les cellules des établissements pénitentiaires français. Les témoignages recueillis par l’Observatoire international des prisons (OIP) depuis le début de la saison témoignent d’une réalité alarmante : pour de nombreuses personnes détenues, chaque jour devient une lutte contre le froid, face à une isolation défaillante et un chauffage insuffisant, voire inexistant.

Fin novembre, plusieurs personnes détenues de la maison d’arrêt de Toulouse-Seysses ont alerté à de multiples reprises l’établissement sur l’absence d’eau chaude et de chauffage depuis plusieurs semaines, sans retour de la part de la direction. Alors saisi par les personnes détenues concernées, l’Observatoire international des prisons (OIP) a contacté à son tour l’administration pénitentiaire, qui a indiqué le 8 décembre que des difficultés techniques avaient été identifiées et que des mesures avaient été prises, assurant que la situation était désormais rétablie.

Cette situation n’est pas un cas isolé. Les périodes pendant lesquelles les personnes incarcérées sont exposées au froid sont récurrentes et souvent prolongées. Incarcéré au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran, Monsieur B. décrivait, début décembre 2025, une « fenêtre dégradée laissant passer l’air » dans une cellule « sans chauffage ». En janvier 2026, Monsieur C. raconte, depuis la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis : « Dans ma cellule, le froid entre par la fenêtre dotée d’une vitre simple et fissurée. Les montants métalliques accentuent la fraîcheur. La nuit, on ressent encore plus les courants d’air qui viennent de la bouche d’aération sous la douche ». Monsieur E, incarcéré au centre pénitentiaire de Bapaume, alerte en janvier également : « Depuis cette nuit, il n’y a plus de chauffage. L’air passe par les fenêtres mal isolées, l’eau coule sur les carreaux. » Au centre pénitentiaire du Sud-francilien, Monsieur G. souffrirait de l’absence de chauffage dans sa cellule depuis deux mois. Selon lui, d’autres cellules seraient aussi concernées. Aussi, Monsieur G. aurait obstrué la bouche d’aération pour limiter les courants d’air et dormirait avec une bouteille d’eau chaude en guise de bouillotte.

En effet, pour essayer de se réchauffer, et en l’absence de réponses apportées par l’administration pénitentiaire, les personnes détenues doivent souvent avoir recours au système D. À Fleury-Mérogis, Monsieur C. multiplie les couches de vêtements : « Je n’ai pas d’autre choix que de dormir avec un bonnet, deux pantalons et deux paires de chaussettes. » À  Bapaume, Monsieur E. explique pour sa part : « Nous n’avons pas reçu de couvertures supplémentaires et nous tentons de boucher les trous [des fenêtres] avec des draps. » Enfin, d’autres personnes détenues allument leurs plaques de cuisson en guise de chauffage d’appoint.

À l’insuffisance de chauffage et d’isolation s’ajoutent dans certains quartiers, des températures d’eau aléatoires, souvent froides, dans les douches. Ce serait notamment le cas à Moulins-Yzeure, Orléans-Saran, Nîmes, ou encore Bourg-en-Bresse.

Pourtant, l’article R.321-2 du code pénitentiaire dispose que « les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement des personnes détenues, doivent répondre aux exigences de l’hygiène, compte tenu du climat, quant au cubage d’air, à l’éclairage, au chauffage et à l’aération ». Ces obligations légales sont loin d’être systématiquement respectées.

Chaque hiver, l’OIP dénonce les températures extrêmes que les personnes détenues sont contraintes de supporter en cellule, qu’elles soient liées à des dysfonctionnements techniques du système de chauffage, la vétusté ou des défauts de conception des bâtiments.

Contact presse : Sophie Deschamps – 06 26 26 79 91 – sophie.deschamps@oip.org