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« Entre ce que l’on pense, ce qu’on imagine et ce qu’il se passe réellement à l’intérieur… il y a un réel fossé. »

Voilà un an que j’apprends à connaître ce qu’est un établissement pénitentiaire…

Pour moi, comme pour beaucoup de Françaises et Français, il s’agissait d’un lieu de privation des droits et des libertés où il fait bon vivre…

En effet, il y a encore un an, j’imaginais qu’il était préférable d’être en prison plutôt qu’en Ehpad car nourri, logé, blanchi « au frais du contribuable », où l’on pouvait « emmener des oranges » comme le dit si bien le dicton populaire.

Mais il faut bien le dire, en fait, il n’en est rien… Rien de tout cela. Ce n’est pas du tout ce qu’on imagine.

Je vous écris pour dénoncer des faits qui se déroulent à la maison d’arrêt d’Angers où est incarcéré mon conjoint, qui ne me semblent ni humains ni acceptables.

Est-il normal que des repas préparés soient servis cinq jours plus tard ? Le 1er pour le 6, le 17 pour le 22, etc. Vous comprendrez mieux pourquoi ils tombent malades à cause de ce qu’on leur donne à manger ? Odeur ou goût nauséabonds… Donneriez-vous cela à votre chien ?

Est-il « normal » qu’un établissement qui accueille plus de cinq cents personnes nettoie ses douches apparemment au simple jet d’eau ? Sans utiliser de produits ?

Déjà qu’on ne laisse « à disposition » la douche que 3 fois par semaine seulement, hiver comme été… Alors même qu’il n’y a pas d’eau chaude dans les cellules.

Est-il normal que deux personnes enfermées dans une pièce d’environ 9m2 disposent d’un WC non cloisonné ?

Sans parler de ceux qui se retrouvent à trois avec un matelas par terre. Même si je n’y ai pas été confrontée personnellement, je pense à tous ces détenus et à la façon dont ils peuvent ressortir « meilleurs » après avoir subi des conditions de vie aussi inhumaines.

Entre ce que l’on pense, ce qu’on imagine et ce qu’il se passe réellement à l’intérieur… il y a un réel fossé.

Et au-delà des conditions de vie à l’intérieur, il y a aussi ce qu’il se passe pour ceux qui sont de l’autre côté des murs.

Pourquoi alourdir la peine avec des tarifs exorbitants pour appeler sa famille ?

Il faut se munir d’un fixe à la maison pour « limiter » les frais des appels et permettre à notre proche en prison de garder un contact avec sa famille, ses enfants, pour qui cela n’est pas facile à vivre non plus.

Tout cela parce que je ne l’ai pas précisé, mais je suis à 4h de route de lui, et que je n’y suis pas allée avec notre fils de 10 ans depuis janvier et qu’avec le contexte actuel, je ne peux m’y rendre afin de lui apporter deux fois 45 minutes de réconfort par mois… Il est difficile, vous le comprendrez bien, pour lui de supporter l’éloignement géographique, physique, l’enfermement.

Je suis tellement démunie et choquée par la façon dont on peut traiter un être humain… mon conjoint et père de notre fils, entre autres.

Tout cela pour vous appeler à l’aide.

Tout cela pour essayer de porter « secours » à un homme qui a fauté, certes, mais qui ne mérite pas un tel traitement. Enfin, si justement… qui mérite un traitement, si j’ose jouer sur les mots.

Tout cela pour essayer d’apporter une amélioration dans l’hygiène de cet établissement qui apporterait un minimum de confort pour les détenus qui s’y trouvent, car je ne pense pas uniquement à mon conjoint mais à toutes les personnes qui vivent dans ces conditions.

Je suis consciente qu’on ne peut pas révolutionner tout ce qui se passe à l’intérieur des prisons… Même si je pense que tant de choses pourraient être mises en place pour rendre meilleures les personnes qui passent par là et sont, à l’heure actuelle, beaucoup trop nombreuses au vu du nombre réel de places.

Courrier d’une proche de personne détenue à la maison d’arrêt d’Angers, reçue à la permanence de l’OIP-SF en avril 2026


Nous appelons toutes les personnes concernées, les sympathisant·es, les organisations à signer le Manifeste des proches de personnes détenues et à relayer cet appel à signatures. Ensemble, faisons entrer dans la loi ce que la réalité impose déjà : sans les proches, il n’y a ni maintien des liens ni véritable réinsertion possible ; il est temps que nos droits soient enfin reconnus.