« Je suis un enfant de la DAS. J'ai fait que des foyers dès mes 6 ans, je me suis éduqué moi-même, je ne sais ni lire ni écrire.
J’ai été jugé en 2006 et condamné à 19 ans de prison, alors que j’étais mineur au moment des faits.
Je suis sorti le 6 février 2020, puis j’ai enchainé des petites peines. J’ai 40 ans et j’ai passé ma vie en prison car je suis à la rue dehors, je n’ai aucun repère, je bois et je suis seul. Je suis quelqu’un de sportif. Quand je sors je fais du sport pendant 2-3 mois et tellement je galère, je me mets à boire, et après c’est fini, je me fais condamner à nouveau. Je ne touche pas le RSA et ils m’ont dit que je leur devais 1500 euros.
En 2022, j’ai été jugé sur une affaire de stup. Ils ont passé plus de temps à parler de mon affaire initiale à l’audience que du stup, ce qui l’a médiatisée et a détérioré mes conditions de détention.
Je devais sortir fin août 2026, mais j’ai repris un an pour des faits commis en détention. J’ai été jugé en comparution immédiate après que des surveillants ont dit que je les avais poussés. Je n’accepte pas cette peine : j’ai insulté le chef d’accord, mais je me suis mis au sol ensuite.
Je suis au quartier disciplinaire depuis 47 jours. J’ai pris 27 jours et je bloque depuis 20 jours maintenant pour contester ma nouvelle peine. On peut bloquer le mitard des années.
Je peux pas rester ici. Je suis à bout madame… Soit je vais faire du mal, soit je vais me mettre la corde au cou. La prison m’a rendu comme ça, je suis devenu violent et impulsif.
J’ai 40 ans et je veux réussir à m’en sortir. Il faut que je construise une nouvelle vie où personne ne connait mon affaire. »
Témoignage d’une personne détenue reçu en août 2026
Pour aller plus loin :
C’est par ces mots qu’un homme de 40 ans, incarcéré alors qu’il était mineur, raconte aujourd’hui son épuisement. Placé en foyer dès l’âge de 6 ans, il revient sur une vie marquée par les ruptures, l’enfermement et les condamnations successives.,Son témoignage donne à voir trois réalités qui traversent les parcours de nombreuses personnes détenues :
- Des ruptures qui commencent bien avant la prison. Beaucoup de mineur·es incarcéré·es ont connu des parcours familiaux, sociaux et scolaires chaotiques, souvent marqués par des défaillances de la protection de l’enfance. Neuf sur dix étaient déjà suivi·es par la PJJ avant leur incarcération. La prison intervient ainsi souvent au terme d’une histoire de vulnérabilités et de prises en charge insuffisantes. Pour aller plus loin, consulter notre rapport d’enquête sur la détention des adolescent•es.
- Un environnement carcéral qui peut alimenter l’engrenage de l’enfermement. Surpopulation, tensions, manque d’activités, conditions de détention dégradées : autant de facteurs susceptibles de générer des incidents. Ceux-ci peuvent ensuite entraîner sanctions disciplinaires, nouvelles condamnations et allongement de la peine. La détention devient alors un engrenage dont il est difficile de sortir. Pour aller plus loin, lire notre revue Dedans Dehors n°116, « Peines nosocomiales : quand l’enfermement n’en finit pas ».
- La préparation de la sortie, grand impensé de la peine. Comment reconstruire une vie dehors après des années d’enfermement, sans logement, sans ressources, sans repères ni accompagnement ? La sortie reste trop souvent une épreuve à laquelle les personnes détenues sont insuffisamment préparées. Pour aller plus loin, lire notre revue Dedans Dehors n°128, « Préparation à la sortie de prison : le grand renoncement ».