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Mobilisations lycéennes : une jeunesse à écouter, pas à enfermer

Face aux mobilisations lycéennes, les réponses policières et judiciaires interrogent la place accordée à la jeunesse, à ses revendications et à ses droits. Depuis le début de la mobilisation, 5 890 adolescent·es ont été placé·es en garde à vue. Par ailleurs, près de 3 000 adolescent·es sont incarcéré·es chaque année dans des conditions qui mettent à mal les ambitions éducatives affichées par la justice des mineurs comme le documente le rapport d’enquête de l’Observatoire international des prisons – section française (OIP-SF). Ces deux réalités invitent à questionner les moyens consacrés à la jeunesse : comment prévenir les difficultés sociales, réduire les inégalités et garantir les droits, plutôt que de privilégier la contrainte et la sanction ?

Pour beaucoup de lycéen·nes, la mobilisation exprime un sentiment d’abandon face à la dégradation des conditions d’apprentissage : heures de cours non remplacées, bâtiments vétustes, manque de moyens, particulièrement dans les établissements des quartiers populaires. Depuis des années, ces inégalités se creusent, tandis que leurs revendications peinent à être entendues. Lorsqu’ils et elles descendent dans la rue pour faire entendre leur colère, le garde des Sceaux appelle, le 2 octobre, par voie de circulaire, à une « réponse pénale ferme et rapide ».

 

Les chiffres actualisés du ministère de la Justice, au 9 octobre, donnent la mesure de cette réponse pénale : 1 923 adolescent·es font déjà l’objet de poursuites et 1 708 sont concerné·es par des mesures alternatives aux poursuites. Six mineurs ont également été placés en détention provisoire. En quelques semaines, des milliers de jeunes se retrouvent, ainsi, confronté·es à la machine pénale, et pour certains au système carcéral.

 

Cette priorité donnée à la sanction pénale, et possiblement à une incarcération, n’est pas sans effet et ne s’arrête pas aux abords des lycées. L’enquête de plus d’une année de l’OIP-SF sur, plus globalement, l’emprisonnement des adolescent·es est à ce titre sans appel.

 

Derrière sa vocation éducative affichée, la détention des adolescent·es, en soi, impose trop souvent des conditions qui compromettent toute possibilité d’accompagner : scolarité et activités réduites, accès aux soins entravé, confinement prolongé, isolement et expériences traumatiques. Les impératifs sécuritaires prenant le pas sur les ambitions éducatives.

 

Précarité, violences subies, difficultés familiales, décrochage scolaire et souffrance psychique jalonnent également le parcours de nombreux jeunes détenu·es. Lorsque l’accompagnement fait défaut, les difficultés s’accumulent et les ruptures se multiplient. L’intervention publique arrive alors trop souvent lorsque les situations se sont dégradées, au risque de transformer des difficultés sociales, éducatives ou familiales en parcours judiciaires, puis carcéraux.

 

De la rue aux lieux d’enfermement, c’est une même réponse qui se dessine : contenir les conséquences des inégalités plutôt que s’attaquer à leurs causes. Les gouvernements successifs peuvent difficilement invoquer la responsabilité individuelle des jeunes ou de leurs parents tout en laissant se dégrader les services publics, en fragilisant les dispositifs de prévention et en sous-dotant la protection de l’enfance. Répondre aux difficultés par la sanction, sans donner aux jeunes les moyens de vivre, d’apprendre et d’être accompagné·es, revient à traiter comme un problème d’ordre public ce qui relève de choix politiques.

 

C’est pourquoi l’OIP-SF appelle à mettre fin à l’enfermement des enfants et adolescent·es comme réponse pénale. Il est temps de sortir de la logique qui conduit progressivement de l’école au tribunal, et du tribunal à la prison. Protéger plutôt que réprimer, prévenir plutôt qu’exclure, accompagner plutôt qu’enfermer : c’est à cette exigence que notre société doit répondre.

 

Contact presse : Sophie Deschamps · 06 26 26 79 91 –  sophie.deschamps@oip.org