Edito. Reniement ministériel

« Je parlerai peu », a déclaré le nouveau garde des Sceaux après sa prise de fonction, pour bien marquer la rupture avec sa prédécesseure.

Mais aussi avec sa propre trajectoire. Car le verbe haut, Jean-Jacques Urvoas l’a tenu lorsqu’il était député. Il fustigeait « l’attachement viscéral à la prison », qui « favorise un rapport au condamné essentiellement sécuritaire et souvent dénigrant ». Dénonçait le populisme des « discours de fermeté », qui ne traduisent aucune « volonté d’accroître l’efficacité du système répressif ». Rappelait que les droits fondamentaux ne peuvent être « une matière malléable à merci, soumise aux aléas du moment ou aux intérêts particuliers ». Mais hier n’est plus. Ces convictions sont restées aux portes du ministère. Et les phrases se font effectivement plus courtes, tombant comme des maximes. « L’incarcération est un outil utile », a-t-il rapidement avancé. Et la « surpopulation une réalité », précisant qu’ « il fall[ait] construire de nouvelles places de prison ». « Une course sans fin », lui aurait répondu le député qu’il était.

Avec son aval, la liste des délits s’allonge. Signaler la présence d’un contrôleur dans les transports devient passible de prison. Le champ de la perpétuité réelle s’étend et la protection des droits fondamentaux recule. Les fouilles à nu en prison, qu’il jugeait attentatoires à la dignité humaine et inefficaces, viennent de retrouver grâce à ses yeux – sous la pression de syndicats pénitentiaires. Au diable les recommandations des organes de protection des droits de l’homme ! Au diable aussi la jurisprudence du Conseil d’Etat, qu’il appelait de ces voeux en 2012, l’invitant à « rétablir le droit » et imposer à l’administration pénitentiaire de mettre un terme à la « pratique parfaitement arbitraire » des fouilles à nu massives, sans individualisation de la décision au regard de la personnalité du détenu. Jean- Jacques Urvoas vient d’obtenir du Sénat l’adoption d’un amendement qui revient ni plus ni moins à permettre à nouveau la pratique des fouilles à nu systématiques, notamment à l’issue des parloirs. « Si l’un de nous avait subi cela, pourrait-il prôner rationnellement le maintien des fouilles corporelles intégrales ? » demandait le député. Qu’importe répond le ministre, on l’impose. « Les aléas du moment » probablement…

Par Marie Crétenot