Soulager la folie au SMPR des Baumettes

Un film sur les questionnements de l’exercice du soin en milieu carcéral

« Le temps est très mouvant », explique un détenu à sa psychiatre. Face à cet enlisement dans la prison, dans la folie, le film « Être là » accompagne les soignants du Service médico-psychologique régional (SMPR) des Baumettes, à Marseille, et fait entendre leurs patients. Alternant prises sur le vif et textes lus, il donne à voir les questionnements taraudant l’exercice du soin en milieu carcéral : « Qu’est-ce que ma présence cautionne ? Je me demande sans arrêt si je ne vais pas partir. Si j’accepte d’être là en prison, j’accepte l’idée de la prison. Ma position n’est pas de lutter contre, c’est de participer à la création d’un espace de soin dans cet endroit. » Il évoque aussi l’usure qui peut guetter les soignants : « quand tu passes une journée sans avoir personne qui se pend, sans personne qui met le feu, sans menaces suicidaires et que tu vois simplement tes patients tranquillement, sans urgences, de 9 heures à 18 heures, tu as l’impression presque d’être en vacances. C’est vrai qu’il y a des périodes d’apaisement, mais globalement, tu sens bien que l’agitation fait que tu ne repères plus celui qui est persécuté dans le couloir, celui qui est délirant… c’est trop lourd… je n’y arrive plus. » Et aussi leur révolte : « Quartier d’isolement, quartier disciplinaire. Je me demande ce que je fais là, comment je peux voir ça. Et là, au 5e étage du bâtiment D, surgissent devant mes yeux des images des camps de la mort. C’est la première association qui m’envahit : barbarie et totalitarisme. Je lutte contre les images mentales angoissantes. Je reçois régulièrement des prisonniers placés au quartier disciplinaire qui demandent à rencontrer le psychiatre parce qu’ils ne supportent pas. Alors parfois, la tentation est grande de se prendre pour des gentils soignants face à des méchants pénitentiaires ».

Contre le doute, contre l’épuisement, une certitude s’impose néanmoins : la nécessité d’« être là ». En prison certes, mais là quand même, car « le soin peut se trouver dans n’importe quel lieu, même le plus hostile ».

« Être là », un film de Régis Sauder, sortie nationale le 7 novembre 2012. Programmation disponible sur demande en adressant un courriel à philippe.hague@gmail.com