Violences à Villefranche : réouverture de l’enquête contre le directeur

En avril 2017, le directeur de la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône, M. Schots, est accusé d’avoir frappé à coups de genoux une personne détenue. Malgré les témoignages de surveillants présents au moment des faits, l’affaire est classée sans suite. Différentes sources nous ont récemment fait part des pressions qui auraient été exercées sur les témoins dans cette affaire. Le détenu ayant décidé de porter plainte avec, cette fois-ci, constitution de partie civile, une instruction a cependant été ouverte.

Les faits se seraient produits à l’occasion du transfert de Monsieur L. vers le quartier disciplinaire (QD), après le refus de celui-ci de changer de cellule. Alors que le détenu, menotté et maîtrisé, était amené sous la contrainte vers le QD, le directeur de l’établissement serait arrivé et lui aurait infligé plusieurs coups. « Mon client ne l’a pas vu arriver mais il lui a asséné des coups de genou, selon ses dires. Il était pourtant entravé par les surveillants et se trouvait dans une position d’où il ne pouvait plus bouger »(1), relate David Metaxas, avocat de monsieur L. Des coups d’une violence telle qu’ils auraient fait perdre aux surveillants présents sur place la contrainte qu’ils exerçaient sur le détenu. Celui-ci porte plainte. Sur fond de conflit entre les syndicats et la direction de l’établissement, l’affaire est rendue publique par un syndicat pénitentiaire. Une enquête préliminaire est ouverte par le Parquet.

D’après plusieurs sources, des pressions et représailles auraient alors été exercées sur les témoins membres du personnel. Mise à l’écart, dénigrement, critiques injustifiées, surcharge horaire… « Il a mis une pression de fou, les surveillants étaient “wanted” » témoigne une source pénitentiaire. « C’était vraiment de l’usure pour les faire craquer », complète une autre. À la clé, deux arrêts maladie et deux demandes de mutation. Des pratiques dont le personnel n’est pas le seul à avoir fait les frais : en 2017, un détenu avait été victime de graves représailles après avoir dénoncé les violences du directeur et d’agents pénitentiaires face à une sénatrice et à des journalistes en visite(2).

Mise à l’écart, dénigrement, critiques injustifiées, surcharge horaire… « Il a mis une pression de fou, les surveillants étaient “wanted” », témoigne une source pénitentiaire.

En tout état de cause, les témoins dans l’affaire de monsieur L. n’auraient pas tous incriminé le directeur, laissant un flou sur le déroulement de l’incident. « Ils ont été loyaux, comme on dit chez nous. Ils ont tout vu, mais ils ont couvert », explique une source pénitentiaire. Quelques mois plus tard, la plainte de monsieur L. sera classée sans suite, « insuffisamment caractérisée » aux dires du procureur. Un classement qui laisse sans voix les personnes impliquées, et qui a décidé monsieur L. à déposer une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile cette fois, afin de garantir l’ouverture d’une instruction.

par Charline Becker

(1) « Villefranche : le directeur de la maison d’arrêt accusé d’avoir frappé un détenu », 20 Minutes, 20/04/2017.
(2) « Violences : “On lui a fait payer le fait d’avoir parlé” », Dedans Dehors n°104, juillet 2019.


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