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30 ans de l’OIP-SF : trois jours de réflexion, de transmission et de retrouvailles

Pour célébrer ses 30 ans, l’Observatoire international des prisons – section française (OIP-SF) a réuni pendant trois jours chercheur·euses, militant·es, artistes, proches de personnes détenues, personnes anciennement incarcérées et soutiens de longue date. Plus qu’un anniversaire, ce week-end a été l’occasion de revenir sur trois décennies de combats, de questionner les défis actuels et de rassembler celles et ceux qui, à différents moments de son histoire, ont contribué à faire vivre l’association.

Que peuvent les savoirs face à la prison ?

Les célébrations se sont ouvertes avec le colloque « Prison et savoirs : Recherche du temps perdu ou temps perdu de la recherche ? », organisé autour d’une question qui traverse depuis longtemps les réflexions sur le monde carcéral.

Jamais la prison n’a été autant étudiée, documentée et analysée. Les travaux de recherche se multiplient, les rapports s’accumulent et les constats sont largement établis. Pourtant, les atteintes aux droits fondamentaux persistent et les critiques adressées au système carcéral peinent souvent à se traduire dans les politiques publiques.

Chercheur·euses, militant·es et professionnel·les ont ainsi échangé sur ce que la recherche permet de comprendre de l’enfermement, sur les liens qu’elle entretient avec les savoirs issus de l’expérience et du terrain, mais aussi sur les obstacles qui freinent encore la circulation de ces connaissances au-delà des cercles spécialisés.

Une journée dense, marquée par des discussions parfois critiques, toujours stimulantes, autour de la place du savoir dans la compréhension et la transformation des réalités carcérales.

La culture comme espace de rencontre

Le lendemain, la réflexion s’est poursuivie sous d’autres formes.

À travers des échanges réunissant Mathieu Palain, Blandine Rinkel, Laélia Véron et plusieurs personnes concernées par l’univers carcéral, la littérature, la musique, les écrans et les récits de vie sont devenus autant de portes d’entrée pour parler de la prison.

Les discussions ont montré combien la création artistique peut contribuer à raconter des expériences souvent absentes du débat public. Non pas en se substituant aux analyses ou aux enquêtes, mais en donnant à voir des trajectoires, des situations et des voix qui restent trop souvent reléguées à l’arrière-plan.

Trente ans d’histoire collective

La soirée a ensuite laissé place à un temps particulièrement attendu : une rétrospective consacrée aux trente années d’existence de l’OIP-SF.

Ancien·nes salarié·es, président·es, militant·es historiques, personnes anciennement détenues et nouvelles générations engagées se sont succédé pour revenir sur les grandes étapes de l’association. Les souvenirs personnels se sont mêlés aux batailles collectives, aux victoires obtenues comme aux combats qui restent à mener.

Au-delà du regard porté sur le passé, cette rencontre a surtout donné à voir la continuité d’un engagement qui se transmet. Beaucoup ont souligné le plaisir de voir se retrouver celles et ceux qui ont participé à la construction de l’association depuis ses débuts et celles et ceux qui en portent aujourd’hui les actions.

L’un des participants résumait ainsi ce sentiment : « J’ai eu plaisir à constater que l’énergie qui anime l’OIP depuis ses débuts est toujours là. Trente ans après sa création, l’association continue de se renouveler sans renier son histoire. »

Cette continuité s’est aussi donnée à voir dans les échanges entre les différentes générations de militant·es présentes. La présentation du tract Gallimard Ce que Nicolas Sarkozy n’a pas dit de la prison, coécrit avec Laélia Véron, a illustré cette volonté de répondre collectivement aux représentations simplificatrices de la prison. Un débat ancré dans l’actualité, mais qui s’inscrit dans une démarche que l’OIP porte depuis trente ans : opposer les faits, les enquêtes et les témoignages aux discours qui réduisent la prison à quelques clichés.

La soirée s’est poursuivie en musique grâce à Guillaume Ferran, Léonie Pernet et LeLeon, venus apporter leur soutien malgré une chaleur caniculaire.

Faire entendre la voix des proches

Le dimanche, la parole a été donnée à celles et ceux qui vivent souvent les effets de l’incarcération sans être pleinement associés aux discussions qui la concernent : les proches de personnes détenues.

À travers le lancement de leur manifeste, ils et elles ont rappelé la réalité de leur quotidien, les difficultés auxquelles iels sont confronté•es et la place qu’iels occupent dans le maintien des liens familiaux et dans le parcours de réinsertion de leur proche. Une prise de parole qui a permis de mettre en lumière une expérience rarement entendue alors même qu’elle est directement façonnée par les politiques pénitentiaires.

Un anniversaire tourné vers l’avenir

Le week-end s’est achevé dans une ambiance festive avec un Bingo Drag animé par l’incontournable Emily Tante, suivi d’un DJ set de Mammouth. Une manière de conclure ces trois journées sur une note conviviale, avant le retour aux activités quotidiennes.

Au fil des rencontres, des débats et des moments plus informels, ce trentième anniversaire a permis de mesurer le chemin parcouru depuis la création de l’OIP-SF. Il a aussi rappelé l’actualité des questions qui ont présidé à sa naissance.

Depuis trente ans, l’association documente les conditions de détention, alerte sur les atteintes aux droits fondamentaux et porte dans l’espace public des réalités souvent invisibilisées. Les échanges de ce week-end ont montré que ce travail reste plus que jamais nécessaire. Ils ont également rappelé les conditions qui le rendent possible. Dans un contexte de fragilisation des financements associatifs, le soutien de milliers de particuliers demeure l’un des leviers qui permettent à l’OIP-SF de poursuivre ses missions en toute indépendance.

L’OIP-SF remercie l’ensemble des intervenant·es, bénévoles, artistes, partenaires et participant·es qui ont contribué à faire de cet anniversaire un moment de réflexion, de transmission et de rencontres.