Free cookie consent management tool by TermsFeed

En cellule : quand les dessins et récits du quotidien donnent à voir la réalité de l’enfermement

À l’occasion de son trentième anniversaire, la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP-SF) a inauguré, samedi soir dernier, l’exposition En cellule, construite à partir de dessins et de récits du quotidien envoyés par des personnes détenues dans toute la France, de la prison de la Santé à Paris à celle de Saint-Denis à La Réunion.

Le soir du vernissage, plus d’une centaine de personnes se sont déplacées pour découvrir l’exposition, attestant de l’intérêt suscité par cette proposition à la fois sobre dans sa forme et profondément politique : la prison racontée depuis l’intérieur, par celles et ceux qui y sont enfermés. Les visiteurs ont circulé entre dessins, films et témoignages, prenant le temps de lire et d’échanger, souvent surpris par la force immédiate de ces représentations. Plusieurs confiaient découvrir pour la première fois une vision concrète de la détention, loin des images abstraites ou médiatiques auxquelles ils étaient habitués.

Une exposition née des dessins de cellule

Depuis plusieurs années, l’OIP-SF recueille, à travers des questionnaires adressés à des personnes incarcérées, des récits sur les conditions de détention. Parmi les réponses figurent régulièrement des dessins de cellules visant à décrire leur espace d’enfermement : plans minutieux, croquis rapides ou esquisses réduites à quelques lignes.

Ces dessins rendent visibles ce que les statistiques décrivent difficilement : la matérialité de l’enfermement. Lits superposés, matelas au sol, toilettes sans séparation, objets empilés faute de place ou fenêtres au surcouche de caillebotis laissant à peine entrer la lumière reviennent d’un dessin à l’autre. Comme le remarquait un visiteur lors du vernissage, cette répétition révèle moins des situations isolées qu’une réalité structurelle.

Dans ces espaces d’environ 9 m² occupés à plusieurs, où la plupart des personnes détenues passent jusqu’à 22 heures par jour, l’emplacement du moindre objet devient signifiant. Une visiteuse confiait ainsi ressentir presque physiquement le manque d’espace, comme si le dessin permettait de mesurer concrètement l’enfermement.

Présentés sans hiérarchie, mêlant des dessins anciens et d’autres plus récents, les documents composent une cartographie collective révélant la permanence de certaines conditions de détention.

Voir ce que le débat public évite de regarder

Les dessins sont accompagnés de témoignages écrits issus des questionnaires : descriptions de journées types, ressentis face à l’enfermement, perception transformée du temps et de l’espace. Au fil du parcours apparaît un quotidien marqué par la promiscuité, la vétusté et parfois l’insalubrité des lieux.

Plusieurs visiteurs soulignaient combien l’association du texte et de l’image rend la réalité particulièrement tangible. Là où un rapport peut sembler abstrait, le dessin impose une échelle concrète : distance entre les lits, absence d’intimité, proximité constante des corps. Certains expliquaient avoir changé de regard au cours de la visite, comprenant plus concrètement ce que recouvrent les conditions de détention, loin de l’image d’une prison supposément confortable.

Cette confrontation directe empêche toute mise à distance à rebours des représentations simplifiées. En donnant à voir l’espace le plus intime de la détention — la cellule — , l’exposition donne ainsi accès à des fragments de vie : organisation minutieuse d’un espace minuscule, attente, stratégies pour préserver une part d’intimité malgré la promiscuité.

Des archives produites depuis la détention

Les contributions réunies dans En cellule constituent des archives rares, donnant accès à des récits habituellement absents de l’espace public.

Certains visiteurs évoquaient le sentiment d’entrer dans un espace normalement inaccessible, frappés par la diversité des formes d’expression — textes descriptifs, fragments poétiques ou dessins plus artistiques. Le fait que certaines personnes incarcérées aient demandé de nouveaux questionnaires simplement pour continuer à écrire ou dessiner souligne l’importance de ces espaces d’expression.

Une réflexion collective

Le parcours est complété par des projections audiovisuelles réalisées en détention dans l’atelier Poissy TV et des temps d’échange avec les équipes et bénévoles de l’OIP-SF, invitant le public à interroger collectivement la place de la prison dans notre société.

Le succès du vernissage, marqué par une forte affluence et de nombreux échanges, confirme la puissance de ces dessins et de ces mots : en rendant visibles des expériences habituellement invisibles, En cellule ouvre un espace nécessaire de compréhension et de débat.

Informations pratiques

L’exposition En cellule est à découvrir jusqu’au 28 mars, du mercredi au samedi de 15h à 18h, avec des nocturnes chaque jeudi jusqu’à 21h, à Treize, 24 rue Moret, 75011 Paris.