Free cookie consent management tool by TermsFeed

Une prise en charge sanitaire durablement empêchée par la surenchère sécuritaire

Lors de son arrivée en août 2024 à la maison d’arrêt de Villepinte, Monsieur K., âgé de 48 ans, souffre déjà d’importants problèmes de santé. Avant son incarcération, il était régulièrement suivi par un gastroentérologue pour une inflammation de l’estomac et un ulcère gastroduodénal. « Deux lésions qui provoquent des douleurs et des irritations, explique le frère de Monsieur K. Sans traitement adapté, ces atteintes peuvent saigner et s’aggraver. »

Dès les premières semaines de détention, Monsieur K. souffre de violentes douleurs abdominales et de vomissements. Ses semaines de détention sont ponctuées de passages répétés à l’unité sanitaire (US), qui préconise un rendez-vous extérieur avec un spécialiste. Les certificats médicaux attestant de la nécessité d’une hospitalisation pour bilan à l’UHSI (unité hospitalière spécialisée interrégionale) s’accumulent, mais « les consignes sécuritaires autour de ces extractions ralentissent, voire empêchent, une prise en charge médicale adaptée aux besoins du patient »*.

Monsieur K. est soumis au statut de « détenu particulièrement signalé » (DPS) et à un niveau d’escorte 4. L’administration pénitentiaire estimerait donc qu’une extraction médicale serait trop risquée, malgré les relances de son avocate et de l’équipe médicale. Depuis le drame d’Incarville en mai 2024, le relèvement des niveaux d’escorte des personnes détenues a freiné les possibilités de réaliser les extractions médicales, alors même que la décision d’y recourir appartient au seul corps médical. En nécessitant de mobiliser un nombre croissant d’agent·es dans un contexte récurrent de manque d’effectifs, ces extractions sont de plus en plus souvent annulées ou refusées, au détriment de l’accès aux soins des personnes détenues.

De fait, l’état de santé de Monsieur K. s’aggrave. « Lors de ma dernière visite en janvier, il m’a dit ne plus sortir en promenade car il a tellement mal qu’il ne peut presque plus se déplacer. Il crache du sang à cause des remontées acides. Son teint est jaunâtre et il a l’abdomen gonflé. Je ne sais plus quoi faire », s’alarme son frère. Dans l’attente interminable de soins, Monsieur K. a peur de mourir en prison.

Enfin, une hospitalisation est programmée pour le 20 avril. Mais entre-temps, il fait l’objet d’un transfert « de désencombrement » à la maison d’arrêt d’Osny-Pontoise (MAVO), ce qui a pour conséquence d’annuler, du moins de reporter, la date de son extraction médicale. Le changement d’établissement nécessite que l’unité sanitaire de la MAVO formule une nouvelle demande d’hospitalisation. Le médecin aurait en outre confirmé à Monsieur K. que son niveau d’escorte pourrait poser « un gros problème ».

Ainsi, ce n’est que le 4 mai 2026, soit 18 mois après l’apparition de ses symptômes, que Monsieur K. a pu être pris en charge à l’UHSI de La Salpêtrière. Un retard au vu duquel l’établissement a tenu à souligner que « compte tenu de la pathologie ulcéreuse observée », le suivi médical du patient ne peut être « entravé », et que « pour rappel, nous [corps médical et administration pénitentiaire] sommes tous en charge d’assurer une équivalence des soins entre patients libres et incarcérés. »**

Groupe collecte de l’OIP-SF

* Certificats médicaux des 30 octobre 2025, 16 juillet 2025, 2 janvier 2026, 24 février 2026.
** Certificat médical du 29 avril 2026.

Cet article est paru dans la revue de l’Observatoire international des prisons – DEDANS DEHORS n°129 – Adolescent•es incarcéré•es : une faillite collective