Des détenus dénoncent les conditions d’hygiène et d’alimentation à la maison d’arrêt de Saintes

L'Agence régionale de santé (ARS) de Poitou-Charentes a diligenté une inspection sanitaire le 14 août après avoir été saisie par l'OIP d'une pétition de 22 détenus de la maison d'arrêt de Saintes. A l'issue de leur visite, les inspecteurs – qui rendront leur rapport final dans les prochaines semaines – ont d'ores et déjà mentionné une série de mesures préventives « à mettre en place très rapidement ».

Dans la pétition reçue à l’OIP, les détenus évoquent des douches qui fonctionnent mal, où l’eau coule seulement trois fois par semaine, « complètement froide ou complètement bouillante ». L’eau coule sans pression ou alors elle est « de couleur rouge » quand la pression revient, en raison de travaux de canalisation. Coté alimentation, sont signalés des « repas servis froids, dans des plateaux toujours très sales », l’utilisation ou la vente en cantine de denrées périmées (beurre, fromage, glace). Des « boites d’œufs périmées depuis deux semaines » ont été livrées aux détenus. A noter que l’établissement se félicitait début 2013 d’avoir « le coût alimentaire journalier par personne détenue le plus bas depuis 5 ans ».

La pétition signale également des conditions d’hygiène aggravées par le chantier en cours au sein de l’établissement, des travaux de rénovation et de mise en conformité ayant été engagés suite à la décision de non fermeture de la maison d’arrêt. « Marteau piqueur à 8 heures du matin, poussière et odeurs pestilentielles, les rats viennent manger au bord des fenêtres, nous dormons avec les fenêtres fermées quand les carreaux ne sont pas cassés », décrivent les signataires.

C’est dans ces conditions que s’est déroulée l’inspection de l’ARS visant à « évaluer les conditions d’hygiène de l’ensemble des locaux de détention pendant la phase des travaux ».

Quatre jours après sa visite, l’ARS confirmait à l’OIP que « les éléments fournis dans la saisine sont réels » bien « qu’aucun risque majeur n’ait été relevé ». Dans un courrier du 18 août destiné à l’établissement, elle préconise « des mesures à mettre en œuvre très rapidement » dans l’attente de son rapport final :

– « détartrage des pommes et parois de douches, entretien des sols et bacs de douches (…) supervisés par l’équipe opérationnelle d’hygiène du centre hospitalier ».
– « mise à disposition de bouchons d’oreilles individuels » pour limiter l’exposition au bruit du chantier ;
– « mise à disposition de masques » pour limiter l’exposition aux poussières ;
– « distribution du double d’eau de javel aux personnes détenues pour inciter à la désinfection en vue de limiter le risque de développement de spores mycéliens ».

L’ARS ajoute cependant que la visite a eu lieu durant le mois d’arrêt des travaux, ce qui n’a pas permis de rencontrer la maîtrise d’œuvre, ni de mesurer l’exposition au bruit. L’ARS saisit également l’occasion de cette inspection pour déplorer qu’il « n’existe pas de texte sur l’appréciation de la salubrité », ni de formation des auxiliaires en ce sens. Un complément d’enquête concernant les réseaux de fourniture d’eau et les menus lui sera aussi nécessaire avant la production de son rapport final.

Une dizaine de jours avant la visite de l’ARS, la maison d’arrêt avait accueilli une autre inspection, celle de la direction de l’administration pénitentiaire, également destinataire de la pétition. Elle visait le fonctionnement interne et notamment les problèmes entre surveillants et détenus que la pétition ne manque pas de dénoncer : « abus des surveillants à l’égard des détenus, violences verbales et humiliations publiques sont notre lot quotidien ». Le contrôleur général des lieux de privation de liberté avait quant à lui visité l’établissement, en avril 2013, suite à de nombreuses saisines de familles. Son rapport n’a pas encore été rendu public.