Pétition de 208 détenus à Baie-Mahault

Dans un texte du 13 janvier adressé à la direction, les détenus du centre pénitentiaire de Guadeloupe tentent une nouvelle fois d'obtenir des réponses concrètes aux graves problèmes d'hygiène, de surpopulation, de manque d'activités et de violences qui affectent cet établissement.

« Nous, les détenus de la maison d’arrêt, décidons de mener un mouvement pacifique légitime afin que nos réclamations déjà bien connues soient entendues en 2014 ». 208 personnes, représentant près de la moitié des détenus du quartier maison d’arrêt, ont signé cette pétition adressée le 13 janvier au chef d’établissement. Depuis plusieurs années, ils alertent en vain les autorités pénitentiaires et sanitaires sur une situation déjà qualifiée de « pas admissible » en 2011 par une expertise demandée par des détenus au tribunal administratif.

Les conditions d’hygiène et de salubrité sont une nouvelle fois en cause : « Déchets et ordures qui s’accumulent derrière les bâtiments », « odeurs d’égouts », « douches et lavabos souvent bouchés », « ampoules grillées », « promenades jamais propres »… Les détenus demandent au minimum à être dotés de sacs-poubelle grâce auxquels ils pourraient « contribuer à l’amélioration des conditions d’hygiène des lieux ». Ils réclament également le « droit se nourrir d’autres choses que de lentilles et de lardons ».

La surpopulation, avec un niveau de promiscuité et de violences particulièrement grave, est aussi rappelée : « En 2013, nous avons pu constater une nette augmentation des violences carcérales ». Les détenus font notamment référence au décès le 1er novembre d’un homme poignardé lors une bagarre pour une télécommande, dans une cellule sur-occupée. Le niveau de violence est « principalement du à la surpopulation » selon les signataires.

Au 1er janvier 2014, 466 détenus s’entassent en effet dans ce quartier maison d’arrêt prévu pour 266 personnes. La pétition indique que les cellules de 7m2 peuvent être partagées par trois détenus et celles de 13m2 par six détenus.

A cette promiscuité s’ajoute un « ennui général » dû à un manque d’activités « sportives, scolaires », de travail et de formation. L’expertise de 2011 avait déjà constaté un « manque crucial d’activités pour les détenus », qui restaient dès lors constamment enfermés en cellule, en dehors des heures de promenade et de parloirs.

Confrontés à un défaut d’écoute de l’administration, les détenus de Baie-Mahault espèrent qu’enfin leurs « revendications légitimes retiendront son attention ». Pour favoriser le dialogue, « éviter les conflits entre surveillants et détenus », « trouver des solutions rapides à des problèmes devenus trop récurrents », ils proposent « la mise en place d’un cahier de doléances afin que des plaintes puissent être enregistrées et consultées ».

Le « risque d’explosion avec des conséquences non maitrisées est réel » au CP de Baie-Mahault, signale le député Ary Chalus dans une interpellation de la garde des Sceaux du 29 janvier. Il confirme « la dégradation excessive des conditions de détention », qu’il qualifie d’ « inhumaines », ainsi qu’un « manque chronique de moyens, auquel vient s’ajouter une grande promiscuité génératrice de violences et un manque d’activités proposées aux détenus contraints de demeurer en cellule ».

Les signataires de la pétition informent de leur côté « qu’un mouvement de grève est prévu pour bientôt si aucune suite n’est prise en considération ».

L’OIP rappelle :

Les Règles pénitentiaires du Conseil de l’Europe, dont le respect est l’un des objectifs affichés de l’administration pénitentiaire française, indiquent que :
– « Le manque de ressources ne saurait justifier des conditions de détention violant les droits de l’homme » (règle 4) ;
– « Les détenus doivent être autorisés à discuter de questions relatives à leurs conditions générales de détention et doivent être encouragés à communiquer avec les autorités pénitentiaires à ce sujet » (règle 50) ;

L’article 46 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 :
L’administration pénitentiaire « assure un hébergement, un accès à l’hygiène, une alimentation et une cohabitation propices à la prévention des affections physiologiques ou psychologiques ».