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Prison de Baie-Mahault : un homme détenu témoigne de l’enfer de son quotidien

Depuis son arrivée à Baie-Mahault, Josué a changé trois fois de cellule en quelques mois. Chaque fois le nombre de personnes détenues y était deux fois supérieur à la capacité d’accueil. Dans l’une d’elles, conçue pour six personnes, treize hommes cohabitaient, contraignant sept d’entre eux à dormir sur le sol.

Dans des recommandations en urgence en date du 20 janvier 2026, le Contrôle général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dénonce d’ailleurs un taux d’occupation alarmant s’élevant à 251%, avec 435 personnes détenues pour 173 places. Malgré un protocole d’urgence des autorités judiciaires et pénitentiaires en place depuis le 20 novembre 2024 pour lutter contre la surpopulation carcérale, le Contrôle souligne l’absence « d’impact réel sur la situation ».

Dans ces conditions, Josué n’arrive pas à dormir la nuit. Le jour, il n’y a « simplement aucun espace pour s’étirer ou faire du sport ». La promiscuité extrême de Josué avec ses codétenus l’expose en outre constamment à des situations insalubres et humiliantes. En effet, son matelas étant placé à même le sol et au niveau des sanitaires, il est « arrosé par des gouttes d’urine et d’eau » à chaque fois que l’un des occupants utilise les WC et la douche. Josué décrit également l’amoncellement de « dégoutants monticules de déchets » au niveau de la fenêtre, la présence de rats, de cafards, et de « centaines » de moustiques et autres insectes dans la cellule. Couvert de piqûres, il s’estime « chanceux de ne pas avoir attrapé la dengue ». L’odeur pestilentielle et l’infestation constante de la cellule participent à exposer Josué à une situation « mentalement éreintante ».

Par ailleurs, Josué déplore que ses « droits d’accéder à des livres, à un ordinateur, à pratiquer un sport, une religion, à recevoir une éducation ou formation et à travailler semblent tous avoir disparu »[1]. Soumis au régime « porte fermée », regarder des « programmes de télévision inutiles » devient sa seule occupation quotidienne, sans « aucun autre choix que de s’asseoir ou s’allonger au même endroit pendant 22 heures par jour ».

Ce témoignage s’inscrit dans le contexte d’un ensemble de condamnations prononcées à l’encontre du centre pénitentiaire de Baie-Mahault depuis huit ans, et à la suite desquelles aucune amélioration ne semble avoir été apportée. En 2018 et 2019, le juge administratif français concluait ainsi à « l’indignité des conditions d’incarcération » dans cet établissement. En 2020, la Cour européenne des droits de l’homme condamnait la France, jugeant que les conditions de détention, notamment imposées à Baie-Mahault, relevaient de traitements inhumains et dégradants. Le 25 avril 2024, le tribunal administratif (TA) de la Guadeloupe, saisi par l’OIP, avait enjoint au ministre de la Justice de prendre plusieurs mesures, comme celle d’assurer la séparation effective du coin sanitaire du reste de l’espace dans l’ensemble des cellules où sont détenues plus d’une personne.

Enfin, l’OIP a saisi, le 2 avril, le juge des référés afin d’obtenir des mesures immédiates mettant fin aux atteintes graves et manifestement illégales aux libertés fondamentales des personnes détenues, et a obtenu gain de cause. Dans une ordonnance du 30 avril 2026, le TA a ordonné des mesures d’urgence « pour remédier aux conditions indignes de détention ». Parmi celles-ci : l’éloignement des matelas posés à même le sol des espaces sanitaires, le nettoyage et l’obstruction de ces derniers pour assurer une protection de l’intimité des personnes détenues, ou encore la réparation des volets au regard des intempéries fréquentes.

Groupe collecte de l’OIP-SF

Cet article est paru dans la revue de l’Observatoire international des prisons – DEDANS DEHORS n°129 – Adolescent•es incarcéré•es : une faillite collective

 

[1] À ce titre, dans son rapport au Gouvernement de la République française, publié le 12 mars 2025, le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) dénonçait notamment le « manque criant d’activités » au centre pénitentiaire de Baie-Mahault.