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Prison de Vendin-le-Vieil : témoignage de familles sur les conditions de détention et leurs conséquences sur les liens familiaux

Objet : Témoignage collectif de plusieurs familles sur les conditions de détention et leurs conséquences sur les liens familiaux — Centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil

Fait à Vendin-le-Vieil, le 20 juillet 2026

Madame, Monsieur,

Nous, soussignées, familles de personnes détenues au sein du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, avons décidé de nous unir pour porter collectivement à votre connaissance les conditions dans lesquelles nous vivons, nous et nos proches incarcérés, depuis de trop longs mois. Ce que nous décrivons ici n’est pas le récit isolé d’une famille, mais un vécu partagé par un grand nombre d’entre nous, qui avons choisi de signer ensemble ce courrier pour que notre parole ait le poids qu’elle mérite.

Nous nous adressons à l’Observatoire International des Prisons parce que nous savons votre organisation attentive au respect des droits fondamentaux des personnes détenues et de leurs familles, et parce que nous espérons que ce témoignage collectif pourra nourrir votre vigilance et, le cas échéant, une intervention auprès des autorités compétentes.

Une rupture des liens familiaux qui dure depuis plus d’un an

Pour plusieurs d’entre nous, cela fait aujourd’hui plus d’un an que nos proches, placés sous le régime QLCO (quartier pour peines longues à contrainte renforcée), vivent sans le moindre contact physique avec leur famille. Pas une main serrée, pas une étreinte, pas un geste de réconfort simple depuis plus de douze mois. Ce n’est pas seulement la personne détenue qui s’éteint peu à peu dans cette privation : c’est toute une famille qui s’effondre avec elle.

Un regard ne remplace pas une étreinte. Une vitre ne remplace pas une main que l’on peut serrer. Priver un être humain de tout contact physique pendant une durée aussi longue porte atteinte à son équilibre psychologique, à son humanité, et détruit progressivement les liens familiaux qui devraient pourtant être préservés et encouragés, y compris en détention.

Cette absence de contact ne protège personne : elle fragilise des hommes, des femmes, des enfants et des familles entières. Elle dégrade fortement les personnes détenues comme leurs proches, sans que cette dégradation ne serve aucun objectif de sécurité ou de réinsertion. Aucun être humain ne devrait être privé aussi longtemps d’un geste aussi fondamental que celui de pouvoir toucher ceux qu’il aime.

Des appels téléphoniques dérisoires face à l’éloignement

À cette absence de contact physique s’ajoute un accès très restreint au téléphone. Le nombre et la durée des appels autorisés sont si limités qu’ils ne permettent pas de maintenir un lien réel avec nos proches, encore moins de rassurer un enfant, d’accompagner un parent malade ou simplement de partager le quotidien. Quelques minutes hebdomadaires, parfois interrompues, ne peuvent tenir lieu de vie familiale.

Cette restriction touche autant les personnes détenues que leurs familles, qui vivent dans l’attente et l’incertitude, sans pouvoir échanger avec la régularité que la distance et l’incarcération rendraient pourtant nécessaire.

Une atteinte au droit au respect de la vie familiale (article 8 de la CEDH)

L’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme garantit à toute personne le droit au respect de sa vie privée et familiale. La Cour européenne des droits de l’homme a elle-même rappelé à plusieurs reprises que la détention n’éteint pas ce droit et que les restrictions apportées aux contacts entre une personne détenue et sa famille doivent rester nécessaires et proportionnées.

Or, l’accumulation de restrictions que nous décrivons dans ce courrier — absence de contact physique prolongée, appels limités, parloirs sous hygiaphone, conditions matérielles dégradantes — nous semble aujourd’hui largement disproportionnée au regard de cet article 8. Nous demandons que cette question soit examinée avec la rigueur qu’elle mérite.

Des parloirs avec vitre et hygiaphone qui nient tout contact humain

Nous ne comprenons pas la nécessité, pour certains de nos proches, de parloirs se déroulant derrière une vitre et un hygiaphone, sans aucune possibilité de contact. Ce dispositif place la famille et la personne détenue dans une situation proche de l’interrogatoire plutôt que d’une visite familiale : il faut hausser la voix dans un dispositif sonore dégradé, on ne peut ni prendre la main d’un enfant qui pleure, ni consoler un parent âgé.

Cette incompréhension est d’autant plus vive que ce même parloir sous vitre s’accompagne, à l’entrée, d’un contrôle par portique à ondes millimétriques auquel nous sommes toutes et tous systématiquement soumis. Nous acceptons les impératifs de sécurité, mais nous ne comprenons pas pourquoi, après avoir été contrôlées par une technologie aussi poussée, la rencontre elle-même doit encore se dérouler sans le moindre contact humain.

La présence d’agents cagoulés devant nos enfants

Plusieurs d’entre nous ont vécu, avec leurs enfants, la présence d’agents cagoulés lors des mouvements ou aux abords des parloirs. Pour un enfant venu voir son père ou sa mère, ce spectacle est violent et incompréhensible. Il associe la visite familiale à une scène de danger, alors qu’il ne devrait s’agir que d’un moment de retrouvailles. Nous demandons que la protection légitime des agents ne se fasse pas au prix d’une exposition inutile et traumatisante de nos enfants à ce type d’images.

Une souffrance psychologique partagée par les détenus et par les familles

L’ensemble de ces conditions — isolement affectif, contacts téléphoniques rares, parloirs sous vitre, climat de tension à l’entrée des établissements — produit une souffrance psychologique réelle, autant chez les personnes détenues que chez leurs proches. Angoisse avant chaque parloir, sentiment d’impuissance, culpabilité de ne pouvoir consoler ni rassurer, épuisement moral des enfants comme des adultes : cette souffrance est silencieuse, mais elle est quotidienne, et elle dure depuis trop longtemps pour beaucoup d’entre nous.

Des conditions matérielles indignes : cantines et vêtements

Nous souhaitons également signaler les difficultés liées aux cantines, dont les prix, les délais et les modalités d’accès pèsent lourdement sur les budgets déjà fragilisés de nos familles, ainsi que sur les conditions de vie quotidienne de nos proches détenus. De même, l’accès à des vêtements en quantité et en qualité suffisantes reste, pour plusieurs d’entre nous, un sujet de préoccupation constant, aggravé par les difficultés logistiques que nous décrivons ci-dessous.

Le linge : une restriction abusive

Nous dénonçons enfin une contrainte abusive concernant le linge de nos proches. Ce sont les personnes détenues elles-mêmes qui doivent déposer leur linge sortant 24 à 48 heures à l’avance : sans ce dépôt réalisé dans ce délai, elles ne peuvent tout simplement pas récupérer de linge propre en échange. Ce fonctionnement rigide ne tolère aucun aléa ni contretemps et fait peser une sanction disproportionnée — se retrouver sans linge propre — sur un simple retard administratif ou organisationnel. Nous demandons que ce système soit réexaminé et assoupli, afin qu’aucune personne détenue ne soit privée de linge propre pour ce motif.

Une atteinte grave au secret professionnel et aux droits de la défense

Nous souhaitons alerter l’OIP sur un point particulièrement préoccupant : plusieurs avocats de nos proches se sont vu demander par l’administration pénitentiaire d’être placés sur écoute, ou à tout le moins d’accepter une forme de surveillance de leurs échanges téléphoniques avec leur client, alors même que ces conversations portent sur la préparation de la défense. Une telle exigence porte une atteinte directe au secret professionnel de l’avocat et au droit fondamental de toute personne détenue à préparer sa défense dans des conditions confidentielles.

À cela s’ajoute un dysfonctionnement tout aussi grave : de nombreux détenus du centre de Vendin-le-Vieil sont convoqués en commission de discipline ou en commission de renouvellement de leur régime sans que leur avocat soit présent, faute d’avoir été informé à temps. Nos échanges avec les cabinets d’avocats concernés confirment que l’établissement ne répond à aucun des mails qui lui sont adressés, ce qui empêche toute organisation utile de la défense en amont de ces commissions. Ainsi, des décisions lourdes de conséquences pour nos proches sont prises sans que le contradictoire et l’assistance d’un conseil, pourtant garantis, ne soient réellement respectés.

Des témoignages d’abus de pouvoir qui méritent d’être examinés

Au-delà de ces éléments communs à l’ensemble des familles signataires, plusieurs d’entre nous souhaitent porter à la connaissance de l’OIP des témoignages plus individuels, évoquant des comportements qui nous paraissent constitutifs d’abus de pouvoir de la part de certains agents envers nos proches ou envers nous-mêmes lors des parloirs et des contrôles. Nous ne portons pas ici d’accusation générale : nous souhaitons que ces témoignages, que nous tenons à votre disposition et sommes prêtes à détailler, puissent être recueillis et examinés avec toute la rigueur nécessaire par votre association.

Conclusion

Nous ne demandons pas l’impossible. Nous demandons que le droit de nos proches, et le nôtre, au respect de la vie familiale soit concrètement respecté, comme le prévoit l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Nous demandons que le contact physique, les appels téléphoniques, les conditions des parloirs, l’organisation des cantines, l’accès aux vêtements et au linge propre, le respect du secret professionnel avec les avocats, la présence effective d’un conseil lors des commissions, ainsi que la manière dont nos enfants sont exposés à certaines scènes, soient réexaminés à l’aune de la dignité humaine, et non de la seule contrainte.

Nous sommes nombreuses à signer ce courrier. Autant de familles qui, chacune, portent depuis des mois le poids de l’incarcération d’un proche, sans jamais avoir choisi d’y être associées. Nous ne parlons pas seules : nous parlons ensemble, pour que notre parole ne puisse plus être ignorée ni isolée. Nous demandons à l’Observatoire International des Prisons de se saisir de ce témoignage collectif, de l’examiner avec attention, et d’intervenir, dans la mesure de ses moyens, auprès des autorités compétentes concernant la situation du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil.

Nous vous remercions pour l’attention que vous porterez à ce courrier et restons à votre entière disposition pour tout échange complémentaire, individuel ou collectif.

Dans l’attente de votre retour, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments les plus respectueux.

Le collectif des familles signataires