Prison : la peine des proches

Au terme d’une longue enquête qui fera date, la sociologue Caroline Touraut décrit la position complexe des proches de détenus au travers du concept « d’expérience carcérale élargie ».

En l’absence de « procédure d’accueil spécifique », devenir proche de détenu nécessite un « processus de familiarisation » par lequel les personnes doivent apprendre par elles- mêmes les « règles de conduite institutionnellement appropriées ». « Les premiers temps c’était horrible de rentrer dans cet établissement, je ne savais pas comment ça marchait dedans, je faisais que sonner au portique mais je savais pas ce qui sonnait, donc j’étais paniquée », témoigne l’une des femmes interrogées.

« Au désarroi s’ajoute un sentiment de mésestime particulièrement ressenti lors des premières visites », qui s’explique notamment par une certaine suspicion de l’institution à l’égard des proches. Ils subissent eux aussi « la logique punitive persistante », l’institution se réservant la possibilité de leur imposer des sanctions directes ou indirectes, par exemple en leur retirant le permis de visite. Caroline Touraut relève le paradoxe consistant, pour l’administration, à présenter les proches comme porteurs de dangers mais aussi « comme des garants de la réinsertion sociale des détenus ». Une manière pour l’administration de se défausser de sa mission de réinsertion, d’en « faire porter la responsabilité aux familles et [de] leur imputer, en partie, ses failles en la matière ».

Caroline Touraut, La famille à l’épreuve de la prison, Le lien social, PUF, novembre 2012.