Maison d’arrêt d’Osny-Pontoise : à l’unité sanitaire, rien ne va plus

Retards des prises en charge en urgence, défaillances et désorganisation du suivi médical des patients : des soignants alertent sur les dysfonctionnements qui touchent l’unité sanitaire de la maison d’arrêt d’Osny-Pontoise et ne permettent pas de garantir l’accès aux soins des détenus.

« Les détenus sont en danger » : telle est l’alerte lancée par plusieurs soignants ayant récemment exercé à l’unité sanitaire de la maison d’arrêt d’Osny-Pontoise. Celle-ci connaît actuellement des dysfonctionnements si importants qu’ils mettent en péril la santé des patients. Les professionnels de santé dénoncent d’abord une prise en charge tardive des situations urgentes. Ainsi, un détenu inquiet de ressentir des douleurs thoraciques aurait appelé l’unité sanitaire un samedi. Mais l’infirmière ne l’aurait pas reçu en consultation, lui demandant d’attendre le lundi suivant pour voir un médecin. « Si cela avait été des signes d’infarctus, il serait mort. On ne peut même pas se dire qu’il a été vu et qu’il y a eu une erreur de diagnostic : il n’a même pas été entendu », indique Rémi(1), ex-soignant à la maison d’arrêt. Parfois, ces défaillances ont des conséquences irréversibles. Un détenu se serait sectionné le doigt dans la porte de sa cellule, et par manque de réactivité de l’équipe présente, il aurait été transféré trop tard vers l’hôpital : « Il a perdu son doigt », raconte Myriam, qui a fait partie de l’équipe médicale pendant plusieurs années.

La dispense des soins courants souffre elle aussi de négligences. Un ancien infirmier décrit notamment une situation dans laquelle un détenu, atteint à l’œil d’un chalazion, aurait été vu par une infirmière pour un autre problème de santé : « Le bon sens aurait voulu qu’elle intervienne aussi au sujet de son œil. Mais non, elle lui a dit de retourner en cellule et de faire un courrier pour prendre rendez-vous !»

À ces manquements s’ajoute un manque d’organisation qui fragilise le suivi des patients, comme l’illustre le récit d’une autre ex-infirmière : « En consultant le bilan sanguin d’un détenu, qui révélait une infection au VIH, j’ai constaté que les résultats n’étaient pas encore signés par le médecin, alors qu’ils dataient d’une quinzaine de jours. Donc le patient n’était pas au courant du diagnostic et aucun traitement n’avait été mis en place. » Les transmissions, permettant de tenir à jour le parcours médical du patient, sont quant à elles incomplètes ou inexistantes. « On a des dossiers médicaux dans lesquels les traitements administrés au patient dans les semaines précédentes ne sont pas indiqués. Donc quand on le reçoit, on ne sait pas ce qui a déjà été fait », résume Rémi.

Des problèmes de recrutement

Ces dysfonctionnements puisent notamment leur origine dans des difficultés de recrutement : « La priorité absolue, c’est d’avoir un second médecin», affirme un ex-infirmier. Mais ce poste reste vacant depuis plusieurs années et l’équipe médicale fonctionne en sous-effectif. Cette situation serait entre autres liée à un déficit local de généralistes(2), doublé d’un manque d’attractivité des postes médicaux en détention. Certains soignants estiment par ailleurs que les personnes recrutées ne sont pas toujours suffisamment formées à la spécificité des soins en prison. Des carences d’autant plus préjudiciables que les effectifs de l’équipe, comme fréquemment dans les maisons d’arrêt, sont sous-dimensionnés par rapport aux besoins. Selon des sources concordantes, un problème de déontologie – certains membres du personnel soignant tiendraient des propos relevant du jugement de valeur à l’égard des patients détenus – ainsi que des tensions entre les responsables de l’unité sanitaire achèveraient de miner le fonctionnement de cette dernière.

Ces dysfonctionnements ne sont pas nouveaux, et semblent pour certains s’être aggravés. En 2019, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté estimait déjà que le recrutement de médecins généralistes supplémentaires était « une priorité absolue », soulignant que de nombreuses personnes détenues affirmaient « ne pas pouvoir avoir accès au médecin ou avoir des problèmes de santé que le service médical négligerait ». Des diagnostics « tardifs » et des traitements « inefficaces » étaient dénoncés. « La défiance envers l’unité sanitaire conduit à des comportements d’évitement », alertait l’autorité.

Par Pauline Petitot

(1) Les prénoms ont été modifiés.
(2) Entre 2010 et 2021, le Val d’Oise enregistre une baisse de 22,6 % du nombre de médecins généralistes en activité régulière.