Insalubrité et sur-occupation à la maison d’arrêt des femmes de Mulhouse

Cellules insalubres, infrastructures vétustes, hygiène défaillante, surpopulation chronique, absence d’intimité… Des femmes détenues à la maison d’arrêt de Mulhouse dénoncent leurs conditions de détention indignes. Alors que cette situation perdure depuis plusieurs années, des travaux de rénovation, annoncés en 2017, n’auraient toujours pas été réalisés. Une information que l’OIP n’a pu vérifier auprès de la direction de l’établissement, qui refuse de répondre à ses sollicitations.

Ces derniers mois, plusieurs femmes détenues à Mulhouse se sont plaintes à l’OIP de l’état « catastrophique, sale, dégradé » de leurs cellules, dont les murs « infects » seraient recouverts de multiples couches de peinture qui s’effriteraient « au moindre coup de vent ». Elles évoquent aussi les joints de fenêtres en papier journal, l’absence de dispositif d’aération, l’eau du robinet « chaude quand il fait chaud, gelée quand il fait froid ». Et encore les conséquences de l’exiguïté au quotidien : « Si on veut se croiser, l’une de nous est obligée de rester assise. C’est invivable. […] On ne peut pas rester entièrement dans les WC car c’est trop petit. Donc on se met en travers et les portes restent ouvertes » rapporte l’une d’entre elles. Des WC distants de moins d’un mètre de l’espace disponible pour la préparation des repas… D’autres témoignages recueillis par l’OIP attestent de l’insalubrité globale de la maison d’arrêt – construite au XIXe siècle – et de sa sur-occupation chronique.

Cet état des lieux fait écho au constat dressé dès 2015 par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). Il relevait alors que : « Les cellules  sont marquées par une très grande vétusté et insalubrité et, même si les fenêtres ont été remplacées, les murs restent ravagés par l’humidité. Pour certaines cellules, les sanitaires sont séparés du reste de la pièce par un rideau qui n’assure que de façon médiocre la fonction d’isolation et de préservation de l’intimité. Les surfaces sont tellement exiguës que les femmes prennent leur repas assises sur leur lit. » Le Contrôle pointe par ailleurs des « conditions d’hygiènes inacceptables » dans l’ensemble de la prison, dans laquelle des « cellules [doivent] demeurer inutilisées jusqu’à réfection ».

En 2017, la direction de l’établissement affirmait au CGLPL que la rénovation de la totalité des cellules était imminente.  Selon les informations recueillies par l’OIP cependant, rien n’aurait été entrepris dans le quartier femmes, sauf réfection de la peinture des coursives.  Des informations que l’association n’a pu vérifier auprès de l’établissement. « De manière générale, je n’entends pas répondre à votre organisation ni par courrier, ni par téléphone et a fortiori par mail », a indiqué la direction en réponse à notre sollicitation. La Direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP) mentionne de son côté des travaux « conduits en interne au gré des disponibilités et des compétences », sans plus de précision. Et explique que « la MA de Mulhouse fait partie des établissements pénitentiaires sur-utilisés depuis sa mise en service. […] Le quartier femmes est une illustration de la sur-occupation chronique rapportée aux dimensions de celui-ci ».  Au 1er mai 2018, 36 femmes y étaient détenues, pour une capacité de 22 places.

L’administration pénitentiaire rappelle aussi que cet établissement a vocation à fermer dès la mise en service du centre de détention de Mulhouse-Lutterbach, à l’horizon 2021. Une perspective qui ne saurait justifier, dans cette attente, l’absence de réfection des locaux et les conditions d’incarcération indignes imposées aux femmes qui y sont détenues.

Contact presse : Sarah Bosquet – 06 50 87 43 69