« La bonne conduite ne paie pas toujours en détention »

Maison d’arrêt pour femmes. Matelas au sol, incompatibilité de caractères, mélange des genres et déménagements récurrents : une femme témoigne.

« Nous étions déjà ‘complet’ quand il y a eu cinq arrivées : des femmes en détention provisoire, mais aussi des filles arrivant de transferts, et un placement en détention prévu depuis deux mois – qui aurait donc sûrement pu être orienté ailleurs. Nous avons maintenant au total cinq matelas au sol. Trois triplettes et deux doublettes, dans des cellules qui font toutes 10 m². Du coup, une dame âgée, toute gentille et plutôt faible psychologiquement et qui, vu son âge, était en cellule seule, s’est vue contrainte d’accueillir une arrivante à 21 h 30. On lui a dit que c’était juste pour la nuit : elle a une codétenue sur un matelas au sol depuis quinze jours environ ! Comme cette petite dame se contente de se confier discrètement à l’aumônière et de pleurer en silence, ce n’est pas prêt de bouger.

Je me suis moi-même retrouvée avec une codétenue au profil tout à fait contraire au mien : je suis ‘Assises’ et elle ‘Correctionnel’, j’ai pris quinze ans et elle deux mois, je devrais être en centre de détention mais je suis en attente d’un passage au centre national d’évaluation. Elle pense que ‘les personnes comme moi’ méritent la peine de mort… Elle a 21 ans et c’est une vraie pile, moi j’en ai 34 et je suis très posée, très calme, je n’ai jamais eu un seul compte rendu d’incident en bientôt cinq ans de détention. Et je suis auxiliaire d’étage depuis quatre ans. Pour toutes ces raisons, je suis censée pouvoir bénéficier d’une cellule seule – ce qui avait toujours été le cas depuis trois ans, mais là c’est la troisième fois qu’on me double. Je ne fais que déménager, je ne suis quand même pas un pion ! On a voulu me doubler une autre fois mais j’ai refusé : j’ai dit que je ne bougerai pas de la cellule, qu’ils n’avaient qu’à me mettre au QD [quartier disciplinaire]. Et du coup le lieutenant a trouvé une autre solution en cinq minutes. Ils choisissent toujours la facilité : ils imposent à celles qui ne disent rien, celles qui sont équilibrées et qui ne font pas de crises. La bonne conduite ne paie pas toujours en détention !

On nous dit que tout ça est très provisoire. Mais le provisoire qui dure, on ne connaît que trop… Ce lundi – car il y a encore eu une arrivante ce midi – nous voilà à 28 femmes pour 22 places. Ils ont choisi de faire une quatrième triplette dans une cellule où l’une des détenues est en grève de la faim depuis onze jours car elle réclame une cellule seule. »

— Personne détenue dans une maison d’arrêt pour femmes, extraits d’un courrier reçu le 13 juillet 2017