L’Arrêt public

Quand je me suis pointé, j’avais les bracelets,
La maison poulaga n’avait pas été gaie.
La lourde à la zonzon, fermée par un maton,
M’embastillait dare-dare sans même un picaillon.
Puis vint la fouille à poil, ce qui m’énerve encore,
Maté par un péquin qui reluque mon corps.
Enfin un grand frimeur qui ne sait dire bonjour
Entreprend d’établir ma carte de séjour.
Empreintes digitales et objets à la « fouille »
J’en ai déjà ma claque et j’en ai plein les (c)ouilles.
Puis c’est « les arrivants » en cellule monoplace,
Le SPIP, le médical, sans oublier la classe.
Le lendemain matin, direction détention,
Après être reçu par un « grand-chef » maton.
Celui-ci vous annonce « fumeur ou non-fumeur ? »
Vous optez pour fumer mais n’êtes pas d’humeur.
« Diplômes obtenus ? » Vous énoncez la liste,
Mais pressé d’aboutir et à bout d’arguments,
Il prit la décision et écrivit « néant ».
Le paquetage est lourd dans un grand sac poubelle,
On comprend tout de suite avec quelle attention
On sera pris en compte, on coupera nos ailes.
Après la traversée, escorté d’un maton,
On arrive en cellule, normal c’est occupé.
On prend le lit du bas des deux superposés.
Le jeune est très sympa et tout irait au mieux,
Mais n’appréciant pas la compagnie d’un vieux,
Il demande à changer, ce qui ne tarda point,
Passa juste à côté avec un gars rouquin.
Puis vint un Espagnol d’origine gitane
Qui en français parlé, bavait en filigrane.
Il fallut lui écrire ses courriers personnels
Afin qu’il corresponde avec sa damoiselle,
Car en français écrit il était nul à chier,
À l’école en effet n’était jamais allé.
Le bonheur a voulu qu’il fût vite libéré,
Une semaine après il était relâché
Car un cousin à lui a bien voulu payer
La caution que le juge avait recommandée.

– Par Alain Térieur