Au début de sa détention, mon fils a obtenu un ordinateur. Cet équipement lui avait été accordé en raison d’une dysgraphie reconnue et pour lui permettre de préparer une licence universitaire.
Depuis son transfert dans un autre établissement pénitentiaire, il y a quatre ans, la situation a radicalement changé. Malgré plusieurs matières validées dans son année universitaire, l’administration pénitentiaire (AP) ne lui a pas permis de poursuivre sa licence, notamment en refusant de transmettre les cours et s’opposant de manière systématique à l’usage de l’informatique, y compris à titre individuel et sans connexion à internet.
Au printemps 2024, à la suite d’un compte rendu d’incident utilisé comme motif disciplinaire, son ordinateur lui a été confisqué de façon définitive. Pourtant, le code de procédure pénale prévoit qu’une telle sanction ne peut excéder un mois. Un recours a été déposé devant le tribunal administratif de Lyon en octobre 2024. Depuis, malgré une saisine du Défenseur des droits, nous n’avons reçu aucune réponse.
Depuis l’été dernier, mon fils travaille activement à la préparation de sa réinsertion avec sa conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP). Ensemble, ils ont défini des projets professionnels, identifié des formations et ciblé des entreprises. Sensible à sa situation, deux intervenantes de GEPSA, prestataire extérieur à l’accompagnement successivement à l’insertion professionnelle, l’accompagne également dans ses démarches et ont insisté sur la nécessité de récupérer son ordinateur, indispensable pour rédiger un CV et des lettres de motivation.
Un courrier a été adressé à la direction de l’établissement pénitentiaire le 9 février pour en demander la restitution. La réponse est arrivée trois jours plus tard, avec une rapidité inhabituelle. Elle était négative et ne comportait aucun argument pour justifier ce refus.
Comment ne pas être révolté par une telle décision ? Après dix ans de détention, sans formation et dans un isolement prolongé, mon fils se voit refuser les outils élémentaires pour préparer son avenir. On l’empêche concrètement d’organiser sa réinsertion et de se projeter dans la société avec les moyens du XXIᵉ siècle.
Mon fils est entré en détention à 20 ans. Il en a aujourd’hui 30 et a accepté sa condamnation. Le jury avait tenu compte de son jeune âge et de sa capacité à reconstruire sa vie après sa peine de prison. En le privant des moyens de préparer cette reconstruction, l’administration pénitentiaire compromet cette perspective et prolonge la sanction au-delà de la détention elle-même.
C’est, une fois encore, un manquement grave à la mission de réinsertion que l’administration pénitentiaire est censée garantir.
Témoignage du père d’une personne détenue reçu à l’OIP