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Des personnes détenues régulièrement exposées à des représailles quand elles contactent l’OIP

Déjà en 2023, l’OIP alertait sur les menaces, réprimandes, punitions et violences que des personnes incarcérées subissent en raison de leurs liens avec l’OIP. Trois ans plus tard, l’association reçoit encore chaque mois des signalements concernant de telles pratiques.

« Ils n’aiment pas que l’on vous contacte, car ils ne veulent pas que vous voyiez ce qu’il y a à l’intérieur », confie un homme à Poissy. Les personnes détenues peuvent joindre l’Observatoire international des prisons-section française par courrier ou par téléphone depuis trente ans. L’association les informe de leurs droits et les accompagne dans leurs démarches afin de les faire valoir. Leurs témoignages participent aussi à la mission de l’OIP de décrire de façon documentée la situation des prisons et d’alerter sur les dysfonctionnements relevés. L’OIP ayant été intégré au dispositif de téléphonie sociale en 2019, les personnes détenues peuvent appeler l’association de manière confidentielle et sans avoir à en demander l’autorisation préalable.

Régulièrement pourtant, plusieurs personnes détenues feraient l’objet de menaces ou de représailles par des membres de l’administration pénitentiaire en cas de contact avec l’OIP. Certaines, craignant d’en être victimes, n’osent pas nous saisir. En mars 2023, l’OIP avait déjà alerté sur ce phénomène qui perdure : une soixantaine de signalements ont été portés à la connaissance de l’association en 2024 et 2025, en provenance d’une quarantaine d’établissements différents. Malgré l’opacité du milieu carcéral et les difficultés que cela engendre pour vérifier l’exactitude de chaque alerte, leur volume suffit à établir la véracité et la récurrence de ces pratiques d’intimidation et de punition.

Intimider pour dissuader

En premier lieu, la crainte des représailles décourage des personnes détenues de contacter l’association. « Tout le monde vit dans la peur, personne ne veut appeler l’OIP depuis la prison car il y a un climat de crainte de représailles de l’administration pénitentiaire », dénonçait en 2024 une proche de personne détenue, s’exprimant au nom de plusieurs femmes incarcérées au centre pénitentiaire du Sud-Francilien. Un homme à la prison de Paris La Santé avouait lui aussi au printemps 2024 : « J’ai longtemps hésité avant de vous écrire, car ici tout le monde a peur d’être identifié comme ayant écrit à l’OIP. » Au centre de détention de Bapaume, « les gens doutent de la confidentialité des appels, personne ne veut appeler car ils ont peur », témoignait un autre homme à la même période.

Lorsque les personnes incarcérées se décident finalement à prendre attache avec l’OIP pour signaler un dysfonctionnement ou une atteinte à leurs droits, plusieurs d’entre elles insistent malgré tout sur leur volonté que l’association n’intervienne pas auprès de l’administration pénitentiaire car elles redoutent d’être identifiées et stigmatisées. En mai 2024, une femme a ainsi appelé l’OIP depuis une prison du Sud-Est de la France pour informer de son déclassement au travail consécutif à un arrêt maladie. Elle a précisé avoir « trop peur des représailles » et a demandé « de ne pas intervenir pour préserver ses permissions de sortie ». « Ils n’aiment pas quand je sollicite les associations, ils me le font comprendre, on se retrouve avec des bâtons dans les roues », témoignait en effet un homme détenu à Alençon-Condé-sur-Sarthe, durant l’hiver 2024. « Les surveillantes disent qu’il ne faut pas appeler l’OIP ou le Défenseur des droits sinon les personnes se font mal voir », indiquait une femme incarcérée à Rennes en mars 2025. « Quand on appelle, on est pris en grippe », déclarait également un homme à la maison centrale de Poissy en juin 2025.

Il arrive que les agents pénitentiaires menacent explicitement les personnes de répercussions sur le déroulement de leur détention. En décembre 2024, des agents du centre pénitentiaire de Nantes auraient prévenu un homme : « On est au courant de ton appel à l’OIP, on va pas te louper. »  À Moulins-Yzeure, un homme se serait vu enjoindre : « Arrêtez de vous plaindre auprès de l’OIP, ou je vous déplace de cellule pour vous mettre avec un gros bras, rez-de-chaussée côté gauche, pour vous casser. » Ces intimidations pourraient aller jusqu’à menacer de sanctions disciplinaires. En janvier 2025, des surveillants de Maubeuge auraient lancé à un homme : « Voilà la petite pleureuse qui se plaint à l’OIP et au Contrôleur [général des lieux de privation de liberté (CGLPL)]. La prochaine fois que tu te plains à l’OIP, c’est trois semaines au trou. »

Enfin, les moyens de correspondance des personnes détenues avec l’OIP seraient parfois entravés : coupure temporaire des lignes téléphoniques, comme cela serait le cas à Val-de-Reuil, d’après des témoignages reçus au printemps 2024 ; courriers écrits par des personnes détenues et déchirés, ou non distribués pour ceux qui leur sont destinés, selon des personnes incarcérées à Lyon-Corbas et au Sud-Francilien.

Fouilles de cellules et punitions matérielles

Quand les personnes détenues échangent avec l’OIP, elles sont nombreuses à informer avoir fait l’objet de représailles, qui prennent différentes formes. Certaines subiraient plus fréquemment des fouilles de cellule : « J’en ai eu plusieurs dans la semaine », témoigne un homme à Poissy. Ou encore, « ma cellule a été fouillée à deux reprises le jour même où j’ai reçu votre courrier », raconte un autre à Villenauxe-la-Grande.

Par ailleurs, des personnes rapportent être victimes de punitions d’ordre matériel. C’est ainsi qu’en septembre 2024, une personne détenue à Vendin-le-Vieil racontait que des surveillants seraient entrés dans sa cellule avec un balai pour casser le carton faisant office de VMC – celle-ci étant absente – en lui disant « va te plaindre à l’OIP ». Trois mois plus tard, un homme à Paris la Santé expliquait que si le nom de l’OIP figurait sur l’envers du courrier, l’administration prenait des mesures de rétorsion, comme celles de lui refuser l’accès à une activité ou au culte. À Liancourt, un homme relatait en décembre 2025 : « On m’a coupé l’eau, on a pris ma plaque chauffante et coupé l’électricité, suite à notre appel, la veille. »

Ces pressions s’exerceraient également à l’encontre des personnes incarcérées qui contactent le Défenseur des droits et le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). Dès 2013, ce dernier avait dénoncé les sanctions infligées aux personnes détenues dites « procédurières » : « Le contrôleur général est convaincu que de nombreuses personnes craignent des représailles si elles le saisissent, voire en sont activement dissuadées », pouvait-on lire dans son rapport d’activité. Ce constat avait abouti à la création en 2014 d’un délit d’entrave : depuis, le fait de faire obstacle à la mission du Contrôle, en s’opposant aux visites ou à la communication de certains éléments, par des menaces et des représailles prises à l’encontre de toute personne en lien avec l’institution, relève d’une infraction[1]. Néanmoins, le phénomène a toujours lieu, « la majorité préfère ne pas contester la situation, car ils savent qu’ensuite ils en subiront les représailles », décrivait le CGLPL dans son rapport annuel d’activité de 2021. Le témoignage d’une femme au Sud-Francilien reçu en mai 2024 par l’OIP confirme que ces pratiques continuent : « J’ai écrit au CGLPL et au Défenseur des droits sur les humiliations que je vis au quotidien de la part des surveillantes. Les gradés ont pris mon courrier, l’ont lu et l’ont déchiré. »

Comble de la situation, une personne décrivait à l’OIP les représailles qui avaient suivi ses échanges avec l’association, concluant ainsi son courrier : « Il y a de grandes chances, à 95 %, que l’on me mène la vie dure pour ce courrier aussi. »

par Ana Bourreau-Ramos et Ysé de La Taille

Cet article est paru dans la revue de l’Observatoire international des prisons – DEDANS DEHORS n°129 – Adolescent•es incarcéré•es : une faillite collective

[1] Loi du 26 mai 2014 modifiant la loi du 30 octobre 2007 instituant un Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL).