Pour le droit à l’intimité : 16 ans après…

Éditorial de la revue Dedans-Dehors 79

« Pour notre droit à l’intimité et à notre sexualité. » Ainsi est titré le manifeste adressé à l’OIP en mars 2013 par des détenus de la maison d’arrêt de Lyon Corbas. Ils demandent la construction d’unités de vie familiale (UVF) dans cet établissement construit récemment sans en être doté. « Nous est reconnu le droit à la santé physique et mentale, mais le fait de ne pas pouvoir avoir des rapports sexuels contredit de manière structurelle notre droit à la santé […] et cela a des conséquences. » Alors que toute expression collective des prisonniers reste prohibée, une telle démarche relève d’une forme de désespérance. D’en être encore là.

Trente-neuf ans après la déclaration de Valéry Giscard d’Estaing : « La prison doit se borner à la privation de liberté, rien de plus. » Seize ans après la campagne de l’OIP pour le droit à l’intimité, demandant la mise en place de « parloirs spéciaux » pour recevoir des visites prolongées garantissant l’intimité des rencontres.

Le sociologue Michaël Faure s’interrogeait alors : « Comment la prison peut-elle imaginer réinsérer […] si elle détruit la dimension psychoaffective de l’être ? » Treize ans après cette préface de la magistrate Catherine Giudicelli, alors en poste à la direction de l’administration pénitentiaire : « Le respect de la dignité de la personne, si lié à celui de son intimité, doit être au cœur, comme base essentielle et fondatrice, de toute conception et de toute pratique de la vie en détention » (in M. Herzog-Evans, L’intimité du détenu et de ses proches en droit comparé).

En 2003, la première UVF ouvrait au centre pénitentiaire de Rennes. Depuis 2009, toute personne détenue est censée pouvoir bénéficier d’au moins une visite trimestrielle, pour une durée de 6 à 72 heures, dans ce type de structures. En théorie seulement, car seuls 24 établissements pénitentiaires sur 191 (soit 13 % !) en sont aujourd’hui dotés. « On ne parle pas de privilèges, sinon de notre droit à la santé », soulignent les auteurs du manifeste. Une évidence qui se heurte encore et toujours au mur de l’anachronique chasteté des prisons françaises. Où l’on ferme les yeux sur les effets déstructurants, pour les personnes et pour les couples, de rencontres limitées aux parloirs sous surveillance. C’était insupportable hier. Cela reste tout aussi intenable aujourd’hui.

Samuel Gautier