Malgré les recommandations en urgence du Contrôleur général des lieux de privation de liberté, et conforté par l’indifférence du Conseil d’État, le ministère de la Justice ne s’attaque pas à la vétusté alarmante de la maison d’arrêt de Tarbes. Les personnes détenues doivent donc se débrouiller pour préserver un semblant de dignité.
Lors d’une visite de l’établissement, le 5 juin 2026 avec la députée Sylvie Ferrer, l’Observatoire international des prisons – section française (OIP-SF) a pu constater l’ampleur de la dégradation des conditions de détention dans une maison d’arrêt qui accueille aujourd’hui 159 personnes pour seulement 62 cellules. Résultat : 40 matelas au sol et une promiscuité devenue la norme.
Derrière les murs de cette maison d’arrêt surpeuplée, les personnes détenues rivalisent d’ingéniosité pour réparer, colmater, protéger ou simplement préserver un peu d’intimité. À défaut d’équipements et travaux suffisants, elles bricolent.
Le jour de la visite, alors qu’il faisait environ 15 degrés à l’extérieur, la chaleur était déjà étouffante dans les cellules. Trois jeunes hommes s’entassent dans moins de 9 m², avec pour seule ouverture une petite fenêtre située à plus de deux mètres du sol. L’air y circule difficilement. Les visiteuses sont ressorties le front moite. Difficile de ne pas s’interroger sur ce que deviendra la vie quotidienne dans ces cellules lorsque les épisodes caniculaires arriveront.
Pour lutter contre la chaleur, l’un d’eux a investi dans un petit ventilateur acheté à la cantine. Un luxe lorsque les ressources sont limitées. Une solution individuelle à un problème collectif. Certaines fenêtres, en plus d’être inaccessibles, sont parfois dégondées et impossibles à fermer. L’été, elles laissent entrer la chaleur ; l’hiver, elles promettent sans doute le froid.
La ventilation, lorsqu’elle existe, ne fonctionne pas toujours. Les personnes détenues la nettoient elles-mêmes dans l’espoir d’en améliorer l’efficacité. Les murs, rongés par l’humidité et marqués par des années de dégradation, disparaissent parfois sous des feuilles A4 blanches collées au scotch. Une manière simple de masquer les taches, les fissures et les traces de moisissures. Une couche de papier sur une couche de misère.
Le système D atteint son apogée dans les espaces sanitaires.
Dans toutes les cellules de détention ordinaire, trois personnes cohabitent. Le troisième occupant dort sur un matelas posé au sol. Dans la cellule occupée par les trois jeunes, le matelas était installé juste en face des toilettes, séparées du reste de la pièce par une porte dite « ranch », coupée à mi-hauteur avec un jour de plusieurs centimètres au-dessous. Cette configuration permet à la personne dormant au sol de profiter, malgré elle, d’une vue imprenable sur son codétenu aux WC. Une conception architecturale qui semble avoir fait peu de cas de l’intimité.
Dans plusieurs cellules, les cabines de douche en aluminium sont étroites, dépourvues de lumière, de porte et de rideau. Les personnes détenues ont donc créé les leurs : des sacs-poubelles découpés et scotchés. Pour ne pas être observées par leurs codétenus, elles choisissent donc de se doucher dans le noir. Dans une cellule, un sac-poubelle avait également été fixé au bas du bac de douche afin d’éviter que l’eau n’inonde systématiquement toute la pièce.
Dans une autre cellule, occupée cette fois par trois hommes, dont deux âgés de 70 à 83 ans, la situation n’était guère meilleure. L’homme de 83 ans dort sur le matelas au sol, toujours avec vue directe sur les toilettes. La douche dispose bien d’une porte, mais celle-ci est entièrement vitrée. Là encore, les occupants ont trouvé la parade : des sacs-poubelles soigneusement scotchés sur la vitre pour retrouver un semblant d’intimité. Faute d’équipements adaptés à leur âge avancé, ils ont également installé, pour se laver, une chaise en plastique dans le bac de douche malgré l’étroitesse de la cabine.
L’absence ou les défaillances de certains équipements essentiels complique encore davantage le quotidien. Certaines cellules ne disposent pas d’interphone. Pourtant, comme l’a montré l’enquête publiée par l’OIP-SF en 2024 sur les dysfonctionnements de l’interphonie en détention, ce dispositif constitue souvent le seul moyen de contacter les surveillants, notamment la nuit. Lorsqu’il est absent ou défectueux, les alertes peuvent rester sans réponse et des situations tournées au drame.
À partir de 18 heures, après la distribution du repas, les personnes détenues sont enfermées dans leur cellule jusqu’au lendemain matin. Dans ces espaces saturés, mal ventilés et parfois dégradés, les heures s’étirent.
La vétusté de l’établissement ne s’arrête pas aux cellules. Dans l’une des cours de promenade destinées aux personnes placées à l’isolement, aucun point d’eau ni toilettes ne sont disponibles.
Face à ce constat, l’administration pénitentiaire met en avant les travaux engagés dans le « petit quartier ». Quatre cellules ont été rénovées. Huit autres devraient l’être d’ici la fin de l’année. En 2026, douze cellules auront ainsi bénéficié d’une remise en état. Pourquoi si peu ? Une question de budget, répond l’administration. Les travaux se font par lots de quatre cellules.
Les quelques cellules récemment rénovées offrent un visage un peu plus présentable : murs repeints en blanc, sanitaires modernisés, interphone en état de fonctionnement. Mais même là, la logique de surpopulation reprend rapidement ses droits. Les toilettes et la douche sont regroupées dans un même espace réduit. Pour se doucher, il faut obligatoirement passer par les WC. À trois occupants, l’organisation quotidienne relève parfois davantage de la gestion des flux que du confort.
Quant au « grand quartier », le maître d’ouvrage n’a toujours pas été désigné. Autrement dit, les travaux ne sont pas près de commencer.
En attendant, ce sont les personnes détenues qui assurent la maintenance de leur lieu de vie. Elles renforcent les portes des toilettes qui se cassent, fabriquent des rideaux de douche avec des sacs-poubelles, colmatent les fenêtres défectueuses, cachent les murs dégradés derrière des feuilles de papier et inventent mille solutions pour éviter les inondations.
À Tarbes, l’administration rénove quatre cellules à la fois. Les personnes détenues, elles, rénovent leur quotidien tous les jours.
Voir Sous les radars de la maison d’arrêt de Tarbes
