Une marche de plus…

ÉDITORIAL - Le 13 novembre 2012, un an de prison avec sursis était requis contre une psychiatre jugée pour homicide involontaire. Ce médecin est poursuivi parce que l’un de ses patients en sortie d’essai a commis un meurtre. Depuis le patient a été déclaré pénalement irresponsable. Ce procès et la réquisition du procureur sont une marche de plus dans la construction fantasmée d’une société sans risque.

Dans un premier recul de la protection accordée aux malades mentaux, la loi en 1994 introduisait une rupture entre altération et abolition du discernement. Depuis cette date un nombre croissant de personnes souffrant de maladies psychiques graves se retrouvent derrière les barreaux de la prison. Appliquons en plus le principe de précaution – ce qu’a fait la loi sur la rétention de sûreté du 25 février 2008. Bien qu’ayant purgé sa peine, bien qu’ayant été déclarée capable par la médecine de vivre hors des murs de l’hôpital, une personne est peut-être encore « dangereuse » Si depuis la Révolution française il ne pouvait y avoir de contrainte des personnes que pour des infractions commises ou pour maladie mentale, on peut désormais être enfermé à vie, parce que l’on est un facteur de risque potentiel. Cela donne chair au fantasme d’une société sans risques, dont les institutions et ceux qui y travaillent auraient toute puissance de protection et dont seules les négligences coupables seraient à l’origine des malheurs qui pourraient encore arriver. Un refus de toute prise de risque auquel conduisent inéluctablement de telles mises en accusation crée une société où l’on enferme par anticipation, où les magistrats n’accordent les libérations conditionnelles qu’au compte-gouttes.

À l’utopie d’une société sans crime, s’ajoute la volonté de trouver un responsable à tout prix. L’auteur du crime étant irresponsable, un responsable-coupable doit être démasqué et instauré. La boucle est bouclée – le jugement du médecin est attendu pour le 18 décembre.

Par Antoine Lazarus, président de l’OIP-SF